Question/Réponse : Benzidine et risque cancérogène

*Question* Plusieurs techniciennes de notre laboratoire d’hématologie utilisent une solution de benzidine pour colorer des lames de moelle osseuse, à raison de quelques gouttes par manipulation. La fiche de données de sécurité transmise par le fabricant fait état d’un risque cancérogène. Qu’en est-il exactement ? *Réponse* La benzidine ou 4,4’-diaminobiphényle est une amine aromatique, utilisée autrefois dans la fabrication de colorants ; depuis 1989 en France, son emploi à des concentrations supérieures à 0,1 % n’est autorisé qu’à des fins exclusives de recherche ou d’analyse. La benzidine se présente sous forme d’une poudre cristalline grisâtre, non volatile, peu hydrosoluble mais soluble dans la plupart des solvants organiques. La pénétration percutanée est la voie de contamination prédominante en milieu professionnel. La benzidine n’est pas irritante pour la peau et les muqueuses mais peut s’avérer sensibilisante : quelques eczémas de contact ont été décrits en milieu industriel suite à la manipulation répétée sans protection. Sa toxicité aiguë est faible ; elle n’est notamment pas méthémoglobinisante, au contraire d’autres amines comme l’aniline. Plusieurs études ont démontré que l’exposition professionnelle à la benzidine dans le secteur des colorants est responsable d’une augmentation de l’incidence des cancers de la vessie. De fait, le CIRC classe la benzidine dans le groupe 1 des agents certainement cancérogènes pour l’homme. Ce n’est pas la molécule mère qui est directement cancérogène mais ses métabolites hydroxylés. La période de latence entre le début de l’exposition et l’apparition de la tumeur vésicale est d’environ 15 à 20 ans. Il existe un effet synergique de la consommation de tabac. Aucun cas de cancer vésical survenu en milieu biomédical (laboratoire de recherche) n’a été publié. Dans la situation de travail que vous décrivez, c’est l’opération de fabrication de la solution mère qui apparaît la plus exposante : bien qu’effectuée très ponctuellement (une fois tous les 3 ou 4 ans), elle doit être réalisée avec des moyens de protection adaptés, en particulier le port de gants. En revanche, la manipulation occasionnelle de quelques gouttes de solution pour colorer les lames me paraît sans risque, à condition d’éviter les contacts avec la peau. Il reste que la benzidine est une substance étiquetée cancérogène et concernée par le décret dit CMR (cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction) du 1er février 2001 : ce texte impose à l’employeur de rechercher activement un produit de substitution moins dangereux et de procéder chaque fois que possible au remplacement du composé étiqueté. De plus, les travailleurs exposés doivent être soumis à une surveillance médicale spéciale par le médecin du travail qui surveille l’établissement.

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