La ricine : une arme chimique potentielle

La ricine pourrait être facilement utilisée comme toxique de guerre ou de terrorisme en raison d'une production aisée, d'un mode de dissémination multiple et d'une toxicité très élevée. Cette toxine d'origine végétale a d'ailleurs fait l’objet d’un développement comme arme possible par les USA, le Canada et la Grande-Bretagne au cours de la seconde guerre mondiale. Elle est donc traitée comme telle, dans le plan « Biotox » élaboré par les pouvoirs publics français. Son seul usage criminel connu à ce jour, serait celui de l’assassinat à Londres, en 1978, d’un opposant bulgare (injection probable de ricine, réalisée en sous-cutané à l’aide d’un parapluie). Cependant, dans le cadre de la lutte anti-terroriste britannique, une interpellation en janvier 2003 s'est accompagnée de la découverte de ricine et plus récemment, à Paris, l'inspection systématique des consignes de la gare de Lyon (plan Vigipirate) a permis la saisie de deux fioles contenant un liquide où cette toxine aurait été détectée. h4. Production de la ricine et voies de contamination La ricine est une protéine provenant de la graine de ricin (castor beans) où sa concentration est de l’ordre de 5%. Le ricin (Ricinus communis) est cultivé dans le monde entier pour assurer la production d’huile de ricin (castor oil) très largement utilisée dans l’industrie comme lubrifiant. La ricine se trouve dans les résidus fibreux du tourteau obtenu après pressage des graines pour en extraire l’huile dont elle est absente en raison de ses propriétés non liposolubles. Sa propre extraction fait appel à des techniques simples et peu onéreuses. Elle peut être obtenue sous forme liquide, cristallisée ou encore lyophilisée. Ceci permet d’envisager des voies de dissémination multiples en particulier la contamination de l’eau et des aliments ou la dispersion d’aérosol de ricine liquide ou de poudre lyophylisée. h4. Toxicité La ricine est un puissant toxique cellulaire agissant par inhibition de la réplication de l’ARN et de la synthèse protéique. Sa DL 50 estimée entre 3 et 5 µg/kg par voie respiratoire, 24 µg/kg par voie sous-cutanée et 20 mg/kg per os, en fait la toxine la plus violente du règne végétal. En raison de son mode d’action, l’expression de sa toxicité est retardée, généralement de 4 à 8 heures par rapport à sa pénétration dans l’organisme. La fièvre est habituelle dans un contexte de polynucléose et le décès survient par défaillance multiviscérale. La symptomatologie clinique dépend de la porte d'entrée dans l'organisme. Par ingestion, la ricine provoque une gastro-entérite souvent hémorragique évoluant vers une déshydratation sévère avec collapsus puis décès. L’inhalation de ricine est à l’origine d’une irritation oculaire et pharyngée initiale suivie d’un oedème pulmonaire hémorragique avec détresse respiratoire. h4. Prise en charge thérapeutique et prévention Le traitement est symptomatique et doit être réalisé dans un service de réanimation. Il n'existe pas de traitement préventif ou d'antidote spécifique. La confirmation de l'intoxication pourrait être réalisée à l'aide d'une recherche radio-immunologique de la ricine dans les tissus. Des recherches sont en cours afin de mettre en place des moyens de détection rapide de la présence de ricine dans l'environnement. h4. Conclusion Dans une perspective d’usage terroriste, la ricine constitue une menace réelle en raison d'une large accessibilité, d'une extraction peu coûteuse, d'une dissémination aisée et d'une toxicité majeure notamment en inhalation. Il est à redouter que l'usage terroriste ne puisse être identifié qu'au terme d'une dramatique et brutale « épidémie » d'allure infectieuse enregistrée dans une zone géographique circonscrite. Il est donc primordial de signaler aux autorités de santé tout syndrome grave, principalement d'allure infectieuse, pour lequel la recherche d'une étiologie n'a pas été concluante. Toute saisie ou diffusion de poudre (ou de liquide) dans un contexte suspect devrait conduire à la recherche de ricine.

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