Clenbuterol et dopage

Deux cas de dopage au clenbuterol notifiés récemment au Centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance de Lyon (CEIP) confirment que le mésusage de ce produit, surtout connu pour avoir entraîné des intoxications alimentaires dans les années 1990, est toujours d’actualité. Béta-mimétique de durée exceptionnellement prolongée (demi-vie de 34 heures) avec une excellente biodisponibilité orale (entre 70 et 80%) en comparaison au salbutamol (demi-vie de 6 heures et biodisponibilité orale de 40%), le clenbutérol se révèle pharmacologiquement actif chez l’Homme pour des posologies orales journalières moyennes totales de l’ordre de 40 µg/jour (0,25 mg/kg/j pour le salbutamol oral chez l’enfant). Chez l’Homme, malgré des propriétés thérapeutiques proches de celles du salbutamol, ce béta2 agoniste sélectif n’a jamais bénéficié, seul ou associé à d’autres molécules, d’une autorisation de mise sur le marché en France, à la différence d’autres pays européens. Cette molécule figure néanmoins sur la liste I des spécialités vétérinaires (Ventipulmin(r)), sous forme orale ou injectable. Son usage est réservé uniquement au traitement des troubles respiratoires chez le cheval de sports équestres et est contre-indiqué chez les animaux destinés à la consommation humaine (animaux de rente). En effet, certains éleveurs peu scrupuleux ont administré de fortes doses de clenbuterol aux animaux de rente. Cette pratique est basée sur le potentiel d'agent répartiteur (action anabolisante et lipolytique) attribué à cette molécule, qui permettrait une augmentation rapide de la masse maigre des animaux de boucherie. Cet usage illicite a été à l'origine d'intoxications alimentaires associant de façon variable céphalées, tremblements, vertiges, palpitations et sensation de malaise. A ce jour, malgré le peu d’études animales ou humaines réellement convaincantes quant à ses propriétés d'agent répartiteur, le clenbutérol est utilisé comme produit de dopage chez le sportif de haut niveau. Ainsi, durant les Jeux Olympiques de Barcelone de 1992, deux athlètes ont été condamnés pour dopage au clenbutérol. En tant que béta-mimétique « classique » le clenbutérol figure sur la liste des produits dopants, où les béta-mimétiques sont largement représentés. Le salbutamol, à lui seul, a totalisé 22 % des substances détectées par les contrôles antidopages réalisés en France en 2000. Même si l’exercice physique pourrait créer une hyperréactivité bronchique particulière dans certaines disciplines comme la natation, le cyclisme, l'aviron et la course, la prévalence croissante de sujets atteints d’asthme ou de pathologie apparentée reste néanmoins étonnante parmi les sportifs pratiquant ces disciplines déjà connues pour l'usage de produits dopants (60 % des cas de dopage aux J.O.). Ainsi, on observe un quasi doublement du nombre d’athlètes sous produits dopants, annoncés à titre thérapeutique, entre les J.O. d’Atlanta (1996) et de Sidney (2000), malgré une stabilité du nombre de participants. Le cas particulier du clenbutérol, ne constitue qu’une illustration parmi d’autres du recours occasionnel ou chronique à des produits améliorant les performances. Différentes études montrent que désormais de telles pratiques d’usage détourné non seulement ne sont pas rares dans le cercle des sportifs amateurs, mais se pratiqueraient à des âges de plus en plus précoces. Par ailleurs, la promotion de nombreux produits (notamment via les sites internet et les magazines de body-building) n’hésite pas à emprunter le vocabulaire et la rhétorique du style scientifique ou médico-scientifique sans qu’aucune étude ni référence ne soit citée, ce qui contribue à la confusion de l’information. Enfin l’achat de produits dopants, dont le clenbutérol, est possible par internet sur plusieurs dizaines de sites. Les deux observations recueillies : dopage symptomatique chez un cycliste avec notion d’achat du produit via internet dans un cas, et dopage chez une jeune femme pratiquant le body-building et s’inquiétant des risques potentiels pour sa grossesse dans l'autre cas, illustrent tout particulièrement ces tendances nouvelles et inquiétantes en raison d'un risque potentiel de toxicité à court et long terme.

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