Photosensibilité médicamenteuse

h4. Définition Il s'agit d'une réaction cutanée exagérée et/ou anormale à la lumière en relation avec la prise d'un médicament. Elle représente environ 10 % des photodermatoses. On distingue deux types de photosensibilités médicamenteuses : les réactions phototoxiques dues à l'effet direct de l'absorption de l'énergie lumineuse par le médicament présent au niveau de la peau et les réactions photoallergiques impliquant un mécanisme immunitaire. _Les réactions phototoxiques_ sont de loin les plus fréquentes et se présentent habituellement sous la forme d'un "coup de soleil" bien limité aux zones exposées à la lumière et de sévérité disproportionnée par rapport à l’exposition solaire (présence de bulles possibles). Elles s’observent plus volontiers chez les patients sensibles aux UVA. Cette réaction est liée à la capacité du médicament ou de l'un de ses métabolites d'absorber l'énergie lumineuse. Elle dépend de la quantité de médicament présent dans la peau (après une administration systémique ou l'utilisation d'un topique cutané) et de l'intensité de l'exposition solaire. Lorsque les conditions suffisantes sont réunies, les lésions cutanées apparaissent en quelques heures et régressent rapidement après l'arrêt de l'exposition médicamenteuse et/ou de l'exposition solaire. Des photo-onycholyses et des pigmentations anormales sont également possibles. _Les réactions photoallergiques_, beaucoup plus rares, sont en relation avec une réaction d'hypersensibilité retardée à médiation cellulaire. Elles se traduisent par des lésions cutanés polymorphes eczématiformes et pseudo-urticariennes ou plus rarement par des lésions lichenoïdes ou lupiques. Ces lésions ne sont pas limitées aux seules zones cutanées exposées à la lumière. Elles nécessitent une sensibilisation préalable à un photoallergène et ne surviennent que chez certains individus prédisposés. Cette sensibilisation peut être favorisée par l'utilisation du médicament sous forme topique, comme cela est bien décrit avec les AINS (en particulier le kétoprofène) ou les phénothiazines comme la chlorproéthazine (Neuriplège[^(r)^]). Les lésions cutanées apparaissent après au moins 7 jours d'exposition au soleil chez un sujet non préalablement sensibilisé ; leur délai d'apparition est plus rapide lors d'une exposition solaire survenant au décours de traitements ultérieurs avec une symptomatologie pouvant être plus sévère. Après l'arrêt du médicament, les lésions cutanées régressent habituellement lentement, mais peuvent parfois persister ou récidiver plusieurs mois après l’épisode initial. La persistance des lésions peut réaliser alors un tableau voisin de la dermite actinique chronique. Chez les sujets préalablement sensibilisés, des réactions croisées avec des substances chimiquement proches ou communes sont possibles. C’est notamment le cas des réactions croisées entre le thiomersal et le piroxicam (via l'acide thiosalicylique) mais également entre le kétoprofène, l'acide tiaprofénique, le fénofibrate, le benzophénol et ses dérivés largement répandus dans les filtres solaires et les cosmétiques. h4. Diagnostic des photosensibilités médicamenteuses Le diagnostic de photosensibilité médicamenteuse repose sur l’aspect, la topographie des lésions cutanées et l’anamnèse des prises médicamenteuses. Les tests photobiologiques peuvent apporter une aide complémentaire au diagnostic en identifiant la molécule suspecte et éventuellement le mécanisme en cause et le risque de réaction croisée avec d’autres substances chimiquement apparentées. h4. Médicaments classiquement impliqués dans les photosensibilités médicamenteuses _Antibiotiques_ : fluoroquinolones, acide nalidixique, tétracyclines, sulfamides _Antifongiques_ : griseofulvine _Médicaments cardio-vasculaires_ : diurétiques thiazidiques, furosémide, amiodarone, quinidine, nifédipine, fénofibrate _AINS_ : kétoprofène, naproxène, piroxicam, acide tiaprofénique _Neuroleptiques phénothiaziniques_ : thioridazine, chlorpromazine _Rétinoïdes_ : isotrétinoïne, acitétrine _Anti-épileptiques_ : carbamazépine, phenytoïne _Anti-mitotiques_ : fluorouracil, methotrexate _Anti-rhumatismaux_ : D-pénicillamine _Psoralènes_ h4. Prévention des photosensibilités médicamenteuses L'intensité de l'exposition solaire favorisant la survenue des réactions de phototoxicité, la prévention est particulièrement importante en période estivale ou lors des voyages en pays tropicaux. La règle est simple : il ne faut pas prescrire de médicaments connus pour leur potentiel photosensibilisant en cas d'exposition solaire prévisible ou éviter toute exposition solaire à l'aide de protections efficaces (mise à l'ombre et port de vêtements couvrants). Les crèmes solaires, même d’indice de protection élevé et appliquées correctement, ne dispensent pas de ces moyens de protection. Si la prévention peut facilement être envisagée pour les médicaments ayant un pouvoir photosensibilisant connu, il n'en est pas de même pour un grand nombre d'autres traitements. La reconnaissance d'une photosensibilisation médicamenteuse peut être ignorée en période estivale en raison de réactions cutanées bien souvent attribuées à la seule exposition solaire. Ainsi, toute réaction cutanée excessive en regard de l'exposition solaire rapportée devrait conduire à la recherche d'une prise médicamenteuse et à sa notification au réseau de pharmacovigilance.

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