Le Syndrome de l'Alcoolisme Foetal

Les dangers de l’exposition à l’alcool au cours de la grossesse sont bien connus depuis la description princeps de Lemoine en 1968 d'un syndrome actuellement appelé "Syndrome de l’Alcoolisme Fœtal" (SAF). Le SAF associe trois critères : retard de croissance pré et post-natal, perturbations neuro-psychiatriques allant de simples troubles affectifs à la débilité, et anomalies cranio-faciales caractéristiques (front bombé et étroit, fentes palpébrales rétrécies, association fréquente à un épicanthus et un hypertélorisme, nez court en trompette avec ensellure nasale prononcée, philtrum allongé et convexe, lèvre supérieure mince, menton petit et étroit avec un rétrognatisme important). Une cardiopathie, une fente labio-palatine, un spina-bifida, une hydrocéphalie, un méningocèle, des angiomes cutanés… sont fréquemment associés au SAF. Outre ce syndrome malformatif, des fausses-couches tardives, une augmentation de la prématurité et de la mortalité périnatale ont été rapportés. Le risque d’atteinte fœtale est proportionnel à l'importance et à la durée de l’imprégnation maternelle. Les conséquences sur le fœtus varient selon la période d’exposition. La période la plus critique se situe de la conception à la dixième semaine de grossesse. Une réduction ultérieure de la consommation d'alcool ne réduirait pas le risque de retard de croissance. L'incidence du SAF serait de l’ordre de 35 à 40 % chez les femmes dont la consommation régulière est supérieure à 4 verres par jour (soit 60 grammes d’alcool absolu). Au dessous, le risque semble moindre bien qu’aucun seuil n'ait été déterminé. Une étude prospective portant sur l'évaluation de la consommation d'alcool chez 32870 femmes enceintes n’a pas mis en évidence de majoration du risque malformatif global pour une consommation quotidienne inférieure ou égale à 2 verres par jour. Cependant, ces données demeurent controversées. En l'absence de SAF typique décelé à la naissance, une exposition même modérée (3 verres par jour) en période péri-conceptionnelle et/ou lors du 1[^er^] trimestre de la grossesse, serait associée à une diminution des performances intellectuelles chez les enfants en âge scolaire. L’alcool traverse la barrière placentaire de façon passive, et l’alcoolémie fœtale est identique à celle de la mère. Les mécanismes physiopathologiques des effets de l’alcool sur la grossesse ne sont pas totalement élucidés. Si le rôle tératogène de l'alcool apparaît certain, de nombreuses inconnues demeurent, en particulier l'existence d'une dose seuil sans effet (notamment en terme de tératogenèse comportementale) ou les conséquences d'une alcoolisation aiguë au cours de la grossesse. En raison de phénomènes culturels qui tendent à intégrer une consommation modérée d'alcool comme dénuée de risque (et donc non rapportée!), il convient de rechercher systématiquement toute consommation d’alcool chez une femme enceinte ou qui envisage de le devenir, afin d'exercer au mieux une prévention adéquate, sinon une prise en charge adaptée de la mère et de sa grossesse.

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