Exolise et Pilosuryl : 2 exemples illustrant la Toxicité potentielle de la phytothérapie

Les effets secondaires de la phytothérapie ont été souvent évoqués ces dernières années : néphrotoxicité et carcinome urothélial dus à _Aristolochia fangchi_, hépatotoxicité du kava-kava ou de _Teucrium chamedrys_ (germandrée petit-chêne), interactions médicamenteuses avec _Hypericum perforatum_ (millepertuis)… Des plantes traditionnellement réputées sans risque peuvent ainsi s’avérer toxiques dès lors qu’elles sont utilisées à large échelle sous forme de médicaments. Plusieurs facteurs peuvent être incriminés : erreur d'identification à l'origine d'une substitution par une plante toxique (_Aristolochia fangchi_ confondue avec _Stephania tetrandra_), contaminations par des toxiques divers (métaux lourds, micro-organismes), présence d’une substance allopathique dans la préparation et modalités de fabrication de la spécialité pharmaceutique. Les médicaments de phytothérapie sont souvent préparés à base d'extraits de plantes dont l'évaluation de l'innocuité ne repose que sur l'usage ancestral de tisanes. Le mode de fabrication avec la possible extraction de substances toxiques ou la présence de certains excipients pourrait expliquer une toxicité inattendue. Le retrait du marché de l'Exolise[^(r)^] et du Pilosuryl[^(r)^] au printemps 2003 en sont des illustrations. h4. Hépatotoxicité de l'Exolise[^(r)^] L'Exolise[^(r)^], préparé à partir d'un extrait hydro-alcoolique fort de feuilles de thé vert (_Camellia sinensis_), était proposé dans les régimes amaigrissants. Depuis 1999, 13 cas d'atteinte hépatique cytolytique aiguë ont été recensés en France et en Espagne. Si une évolution favorable a été constatée dans la majorité des cas, un patient a nécessité une transplantation hépatique. Le Centre de pharmacovigilance de Lyon a été informé d’un cas avec récidive de l’atteinte hépatique lors de la reprise de l'Exolise[^(r)^]. Le thé vert n'est pas connu pour son hépatotoxicité lorsqu'il est consommé sous forme d'infusion (extrait aqueux) et on a même suggéré que sa consommation serait associée à une diminution des transaminases. Le mode de préparation de l'Exolise[^(r)^] a peut-être favorisé l'extraction d'une substance hépatotoxique présente dans la poudre de feuilles, ou modifié les propriétés pharmaco-toxicologiques de la plante. Le retrait de l’Exolise[^(r)^] ne remet pas en question l'utilisation traditionnelle du thé vert en phytothérapie ou dans l'alimentation. h4. Toxicité du Pilosuryl[^(r)^] Cette solution buvable, préparée à partir d'un extrait hydro-alcoolique de piloselle et d'un extrait aqueux de _Phyllantus niruri_, avait la propriété de "favoriser l'élimination rénale d'eau" et était donc proposée dans les régimes amaigrissants. Depuis mai 2002, 4 cas d'atteinte rénale sévère avec coma secondaire à l’ingestion de Pilosuryl[^(r)^] ont été notifiés au réseau français de pharmacovigilance, dont un cas lyonnais. La présence d'éther monoéthylique du diéthylène glycol, à des concentrations non négligeables comme excipient, permet d'évoquer sa responsabilité. Une prise excessive de Pilosuryl[^(r)^] était en effet retrouvée dans les cas rapportés. L'intoxication aiguë par l'éther monoéthylique du diéthylène glycol peut se traduire par une dépression du système nerveux central, une acidose métabolique et une néphropathie tubulaire. La phytothérapie, considérée comme la panacée pour certains ou inutile pour d'autres, est souvent considérée comme dénuée de toxicité. Sa responsabilité dans un éventuel accident thérapeutique est donc négligée. Les exemples précédents doivent alerter le consommateur, le prescripteur ou le dispensateur, et encourager la notification de tout événement indésirable inattendu et/ou grave dans un contexte de consommation de plantes ou d’extraits de plante, revendiquant une quelconque activité thérapeutique.

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