Le GHB : mythe ou réalité

L’acide gamma-hydroxybutyrique (GHB), naturellement présent en concentration infime dans l'organisme, a une structure proche de celle du GABA. Synthétisé pour la première fois en 1961, il commence à être utilisé en thérapeutique dans le traitement de la narcolepsie et en anesthésie (Gamma-OH®). Il apparaît au début des années 1990 comme complément alimentaire chez les bodybuilders où il est supposé induire la sécrétion de l'hormone de croissance et brûler les graisses. Très vite, il prend la réputation de drogue récréative, euphorisante, désinhibitrice et de stimulant sexuel, propriétés à l'origine de son détournement d'usage désormais mondial. Sous forme de poudre blanche, solution, capsule ou gel, il est vendu avec les appellations suivantes : GHB, Liquide E, Liquide X, Ecstasy liquide, Potion d'amour, Fantasy… Le GHB agit comme dépresseur du système nerveux central : selon la dose ingérée (entre 10 et 100 mg/kg), il provoque une hypotonie, une amnésie, une euphorie suivie de sommeil, une dépression respiratoire ou un coma pouvant conduire au décès. Les effets sont ressentis très rapidement après la prise (15 à 30 minutes) et durent 2 à 4 heures. Du fait de sa rapidité d’action et de son effet amnésiant, il est parfois impliqué dans des affaires de soumission chimique : vectorisé, le plus souvent, par le café ou l’alcool, qui permettent de masquer son goût légèrement salé et savonneux, il est administré à l’insu des victimes dans un but délictuel (vol) ou criminel (viol, acte de pédophilie). En raison de son caractère amnésiant, les victimes ne portent généralement plainte qu’après un délai de plusieurs heures. La confirmation toxicologique est alors souvent délicate en raison de sa très courte demi-vie d'élimination (environ 30 minutes) limitant sa détection en chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, à seulement 6 heures dans le sang et 12 heures dans les urines. De plus, la présence naturelle du GHB dans les liquides biologiques, sa formation in vitro (nécessité de prélèvement sur tube EDTA) et les faibles concentrations retrouvées ne simplifient pas l'interprétation des résultats. Afin de limiter la sous-estimation du nombre de cas réels, il semble important de sensibiliser les médecins à la possibilité du prélèvement de cheveux un mois après les faits (identification et dosage des molécules incriminées, différentiation entre consommation aiguë et chronique). Si le GHB est très largement utilisé illicitement aux USA, il est difficile de connaître sa consommation effective en France. En effet, bien qu’actuellement très médiatisé, les saisies par les services de police, de gendarmerie et des douanes restent limitées. Cependant, sa facilité de fabrication et d’accès sur Internet sont des facteurs susceptibles de favoriser son utilisation. L'enquête "soumission chimique" menée par les CEIP permettra d'avoir une estimation plus précise de l’usage criminel du GHB en France.

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