Intoxication par le plomb de l'enfant et de la femme enceinte : prévention et prise en charge médico-sociale. Conférence de consensus

Cette conférence s’est déroulée les 5 et 6 novembre 2003, conformément aux règles méthodologiques préconisées par l’Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé (ANAES). Ses recommandations sont disponibles sur "http://www.anaes.fr/ANAES/Publications":http://www.has-sante.fr/portail/jcms/sd\_668980/toutes-nos-publications-ligne-principale?portal=c\_6737 et s'appliquent aux questions suivantes : h4. Question 1 : Comment repérer les enfants exposés et intoxiqués? # *Repérage environnemental* : il sera possible grâce à l’utilisation d’un questionnaire standardisé concernant l'habitat, la profession des habitants du foyer, l'environnement industriel... Des items permettant d'identifier le risque d’IPb figureront sur les certificats de santé des 8[^ème^] jour, 9[^ème^] et 24[^ème^] mois et dans les dossiers médicaux. # *Repérage biologique* : l’indicateur biologique de référence est le dosage du plomb dans le sang total (PbS) exprimé en µmol/l, le dosage étant effectué par un laboratoire agréé répondant aux contrôles de qualités internationaux. Le seuil consensuel actuel de l’IPb est de 0,50 µmol/l (100 µg/l). Toute PbS supérieure ou égale à 0,50 µmol/l chez l’enfant doit faire l’objet d’une déclaration obligatoire (DO) auprès de la DDASS concernée. h4. Question 2 : Quelle prise en charge et quel suivi proposer aux enfants exposés et intoxiqués? # *Mesures hygiéno-diététiques* : s’assurer que les enfants n’ont pas accès aux peintures écaillées, utiliser le nettoyage humide des sols, laver les jouets et les mains régulièrement, couper les ongles, exclure une autre source de contamination pouvant être l'eau, les aliments, l'usage d'une vaisselle non alimentaire, l'utilisation de khôl… Alimentation équilibrée en évitant et/ou corrigeant les carences # *Prise en charge environnementale* : relogement ou réhabilitation des locaux avec exclusion des enfants pendant les travaux en raison du risque de surexposition et d’IPb. # *Stratégie du traitement chélateur et du suivi* : elle dépend de la PbS de l’enfant. ** PbS > 5 µmol/l (> 1000 µg/l) et/ou troubles neurologiques : traitement par BAL® et EDTA, en urgence à l'hôpital, plus de 5 cures. ** PbS entre 3,5 et 5 µmol/l (700 à 1000 µg/l) : traitement par EDTA et DMSA, en urgence à l'hôpital, 5 cures. ** PbS entre 2,25 et 3,5 µmol/l (450 à 700 µg/l) : traitement par DMSA seul, à domicile, 3 cures. ** PbS entre 1,25 et 2,25 µmol/l (250 et 450 µg/l) : suppression de l'épreuve de plomburie provoquée; pas d'indication de traitement chélateur par DMSA sauf si la PbS reste élevée malgré des mesures correctrices efficaces ou si l'anémie persiste. ** PbS entre 0,5-1,25 µmol/l (100 et 250 µg/l) : pas d’indication de chélation ; surveillance régulière des PbS en fonction de l’âge et de la persistance de l’exposition. Un schéma de suivi biologique des enfants intoxiqués mais aussi des enfants exposés est proposé. Il est issu des recommandations des CDC. Ce schéma doit être adapté au contexte médico-social et environnemental de l'enfant. # *Suivi clinique neurodéveloppemental* : plusieurs études épidémiologiques ont montré une relation entre l'élévation de la plombémie et le retentissement sur le développement intellectuel à long terme (baisse du QI). Le traitement spécifique n'ayant pas montré d'efficacité sur les effets cognitifs, une surveillance du développement neuropsychologique sera renforcée aux âges clés (examens des 9[^ème^] et 24[^ème^] mois, 3-4 ans et 5-6 ans en école maternelle), avec un suivi prolongé au-delà de 6 ans. Si nécessaire, les enfants seront orientés vers des services spécialisés (CMPP, CAMSP, consultations hospitalières spécialisées) pour une évaluation et une prise en charge non spécifique. **Recommandations du jury** : gratuité des dosages de PbS, inscription du saturnisme dans la liste des affections de longue durée pour les PbS supérieure à 0,50 µmol/l avec mention dans le carnet de santé. h4. Question 3 : Quels sont les risques pour la femme enceinte et le fœtus en cas d’exposition au plomb ? Quelle est la stratégie de dépistage et de prise en charge pendant la grossesse et la période périnatale ? # *Conséquences de l'imprégnation par le plomb pendant la grossesse* : les études sont peu nombreuses et d'analyse difficile. Pour les imprégnations faibles, les conséquences ne sont pas évaluables. Une imprégnation importante peut être responsable d'avortement, de retard de croissance intra-utérin, d'HTA. # *Stratégie de repérage et de prise en charge pendant la grossesse* : suppression du risque le plus tôt possible (entretien prénatal du 4ème mois) à l'aide de conseils hygiéno-diététiques adaptés et du respect de la directive européenne en ce qui concerne l'exposition professionnelle (orientation vers la médecine du travail). # *Mesures diététiques* : vérifier que le régime répond aux besoins en fer et en calcium, et supplémentation si nécessaire. # Allaitement : si PbS 0,50 µmol/l, évaluation au cas par cas en tenant compte du bénéfice de l'allaitement. h4. Question 4 : Quelles pratiques professionnelles et institutionnelles développer en termes d’information, de communication, de formation et d’éducation pour la santé ? Elles passent par une meilleure connaissance du problème, une formation des professionnels de santé, une amélioration de la communication en utilisation des réseaux déjà existants, une information des familles par des supports adaptés.

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