Ecstasy et grossesse

L’ecstasy, ou 3,4-méthylènedioxy-méthamphétamine (MDMA) est un dérivé amphétaminique qui fut synthétisé pour la première fois en 1887. Brevetée par Merck comme anorexigène en 1914, la MDMA ne fut jamais commercialisée en raison de ses effets indésirables. Dans les années 50, elle fut testée en milieu militaire comme « sérum de vérité » et pour maintenir l’éveil des soldats puis, dans les années 1970, des psychothérapeutes l’utilisèrent comme désinhibiteur dans certaines dépressions, phobies et autres traumatismes mentaux. Aucune de ces tentatives n’ayant débouché sur la démonstration d’un intérêt thérapeutique, la MDMA fut classée en 1985 comme « drogue dangereuse sans aucune indication thérapeutique » par la Drug Enforcement Agency (DEA) américaine et interdite de fabrication, de commercialisation et d’usage. Au niveau européen, la MDMA est inscrite au tableau I de la Convention Internationale de 1971 sur les substances psychotropes. En France, elle figure sur la liste des stupéfiants depuis 1986. Deuxième produit psychotrope le plus consommé en Europe après le cannabis, sa popularité auprès des jeunes ne cesse d’augmenter avec un doublement estimé du nombre d’utilisateurs entre 2000 et 2002. L’exposition concernant des femmes en âge de procréer, il est important d’envisager l'évaluation du risque de cette consommation au cours de la grossesse. En effet, la MDMA possède des propriétés vasoconstrictrices qui ont été mises en cause dans les effets tératogènes et foetotoxiques de la cocaïne. Aucune étude animale ne permet d’évaluer le risque tératogène et/ou foetotoxique de la MDMA. Les données dans l'espèce humaine sont peu nombreuses et concernent une population généralement exposée à d’autres substances illicites, ce qui complique l’évaluation du rôle propre de la MDMA. En Grande-Bretagne, un suivi prospectif a concerné 136 grossesses dont 133 ont été exposées à l’ecstasy au cours du premier trimestre (Mc Elhatton, 1999). Une association à d'autres psychotropes a été relevée pour 62 grossesses (37 avec d'autres amphétamines, 20 avec de la cocaïne, 16 avec du cannabis, 13 avec de l'alcool et 9 avec du LSD). Parmi les 11 fausses-couches, aucune analyse du produit de conception n'est disponible. Sur les 48 interruptions volontaires de grossesse, une seule était consécutive à un diagnostic prénatal de syndrome malformatif (absence des membres supérieurs, de l’omoplate gauche, des clavicules, et hypoplasie de la première paire de côtes). Parmi les 78 nouveau-nés, 8 étaient prématurées (dont une grossesse gémellaire), un était décédé rapidement après la naissance (mère polytoxicomane exposée à ecstasy, héroïne et méthadone pendant toute la grossesse), 12 présentaient une anomalie congénitale et 57 étaient normaux. Parmi les enfants ayant une anomalie congénitale, 11 avaient été exposés au 1er trimestre de la grossesse à l'ecstasy seule (6 cas) ou associée à de l'alcool ou une autre amphétamine (5 cas). Outre la malformation précédente, on relevait 5 autres malformations squelettiques (1 malformation mineure des 2 orteils, 1 malformation de la voûte crânienne, 3 pieds bots), une sténose du pylore, 2 communications interventriculaires dont une associée à une hydronéphrose et à une clinodactylie, 1 syndrome polymalformatif avec hydrocéphalie, ambiguïté sexuelle et retard de croissance et 2 anomalies mineures (1 ressaut de hanche et 1 pigmentation de la cuisse). Une ptosis était aussi noté chez un enfant dont la mère avait consommé de l'ecstasy et de l'alcool au cours de la 17ème semaine d'aménorrhée. Selon cette étude, l’incidence des anomalies congénitales était de 15,4%, donc plus élevée que le taux attendu dans la population générale Une équipe néerlandaise a suivi 49 femmes enceintes ayant été exposées à l’ecstasy durant le 1er trimestre de la grossesse dans 47 cas et au 2ème trimestre dans 2 cas (van Tonningen, 1999). 43% avaient une polyconsommation impliquant notamment de la cocaïne ou du cannabis, 34% avaient aussi consommé de l’alcool, et plus de 63% du tabac. Parmi les 47 grossesses d'évolution connue, on relève 2 fausse-couches dont un cas avec omphalocèle, 3 interruptions volontaires de grossesse et 40 naissances avec 6 prématurités et 1 enfant présentant une malformation cardiaque et décédé rapidement après la naissance. Bien qu'une augmentation du taux des malformations soit évoquée dans l'étude britannique, il serait prématuré de conclure à un risque tératogène d'une consommation sporadique de MDMA. En effet, l’interprétation des deux seules études disponible est délicate car elle doit tenir compte des effectifs limités, d’une association fréquente à d’autres toxiques, et de la composition souvent imprécise et variable dans le temps des comprimés présentés comme étant de l’ecstasy. L’existence de 3 cas de malformation cardiaque attire cependant l’attention vers un organe cible potentiel, mais ce lien éventuel reste à confirmer. On relève aussi un possible excès d’anomalies squelettiques. Tout usage de l'ecstasy est fortement déconseillé en raison de ses risques toxiques avérés. Ces données même parcellaires confortent cette position et conduisent à recommander une surveillance accrue de toute grossesse exposée.

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