Faux positifs au cannabis

Devant l’augmentation importante de la consommation de cannabis et du nombre d’intoxications chez le jeune enfant, il a paru intéressant de rapporter ce cas enregistré dernièrement au CEIP de Lyon.

Flavie, petite fille de 5 ans, rentre de l’école très fatiguée. Cinq jours plus tard, elle est conduite à l’hôpital pour somnolence intermittente inexpliquée, accompagnée de malaises vagaux et de vomissements dans un contexte de douleurs pharyngées. Le bilan ne retrouve qu'une hyperleucocytose à 24 000 (avec CRP normal) sans foyer infectieux évident. Les analyses toxicologiques entreprises mettent en évidence du cannabis dans les urines. Devant l’incompréhension des parents, de nouveaux tests de dépistage sont pratiqués (sur les mêmes urines, puis sur les urines du lendemain) et se révèlent également positifs. Les deux derniers prélèvements sont envoyés, pour vérification, au laboratoire Marcel Mérieux. Après analyse des échantillons urinaires par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse (GC/MS), aucun métabolite du cannabis n’est mis en évidence. Après 48h d’hospitalisation et devant l’amélioration des symptômes, Flavie rentre chez elle sous simple surveillance, l’intoxication au cannabis ayant été exclue. Une réaction croisée lors du dépistage est alors évoquée et le Nifluril®, seul médicament administré à la fillette dans les 12 heures précédant les prélèvements, est suspecté.

D’autres cas similaires ont été publiés, concernant une interférence entre cannabis et Nifluril® (Ann Bio Clin, 2002, 60: 754-746), ou ibuprofène (Young 2000. Effects of drugs on clinical laboratory tests. Washington AACC Press. p3-16). Les méthodes de dépistage les plus souvent utilisées font appel à des tests immunologiques par compétition ou immunochromatographiques sur support solide. Il s’agit de tests qualitatifs ou semi-quantitatifs (selon l’intensité de la coloration) qui doivent obligatoirement, en cas de résultats positifs, être confirmés par méthode chromatographique. Le scénario est souvent différent au sein des structures hospitalières qui ne sont pas toujours dotées de l’appareillage nécessaire. Au vu des résultats des dépistages systématiques, les praticiens font parfois un diagnostic erroné.

L’étude menée in vitro avec le Nifluril® confirme l’interférence et ceci quelle que soit la forme pharmaceutique considérée. Malgré cela, le mécanisme en cause reste inexpliqué en raison des différences de structure entre le tétrahydrocannabinol et les 3 principes actifs impliqués à savoir ibuprofène, acide niflumique (Nifluril®) ou morniflumate (Nifluril® suppo) (figure 1).

Structure du tétrahydrocannabinol, de l’ibuprofène, de l’acide niflumique et du morniflumate

Figure 1. Structure du tétrahydrocannabinol, de l’ibuprofène, de l’acide niflumique et du morniflumate

En raison de l’usage très répandu de ces médicaments et d'une prise de cannabis souvent incertaine chez l’enfant, il est nécessaire d’informer les services hospitaliers du risque de faux positifs. Une confirmation par une méthode de dosage appropriée, réalisée dans un laboratoire agréé, doit être systématiquement effectuée afin d’éviter d'éventuelles poursuites judiciaires illégitimes.

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