Olanzapine (ZYPREXA®) et rispéridone (RISPERDAL®) : grossesse et allaitement

Si un diagnostic de grossesse chez une patiente traitée pour une maladie psychiatrique soulève des questions relatives aux risques éventuels des médicaments prescrits, il reste essentiel de ne pas déstabiliser une pathologie bien équilibrée. L’arrêt d’un traitement lors de la découverte de la grossesse n’est donc justifié que si un risque significatif a été identifié. Quelles sont les données avec 2 nouveaux neuroleptiques, l'olanzapine et la rispéridone ? Les études expérimentales n’indiquent pas d’effet tératogène, malgré l'utilisation de doses très supérieures à celles préconisées en thérapeutique. Ceci ne permet évidemment pas d’affirmer l’absence de risque, mais constitue un bon argument d’innocuité. Les données cliniques sont encore peu nombreuses: * Pour l’olanzapine, 2 séries prospectives font état de 65 grossesses exposées avec 38 nouveau-nés normaux, 7 fausses couches spontanées (FCS), 17 interruptions de grossesse (14 fœtus normaux), 1 mort fœtale sans malformation chez une patiente polytoxicomane et 2 grossesses extra-utérines. D’autres cas isolés de grossesses exposées à l’olanzapine ne montrent pas de malformation majeure. Enfin, les quelques cas de malformation rapportés rétrospectivement n’attirent pas l’attention sur un organe cible spécifique, ce qui plaide contre une tératogénicité potentielle de l’olanzapine. * Pour la rispéridone, une série de 29 grossesses suivies prospectivement retrouve 23 nouveau-nés normaux, 3 FCS et 3 interruptions de grossesse, mais la période d’exposition n’était pas clairement précisée. Des cas isolés et une petite étude post-commercialisation sur 10 grossesses exposées retrouvent des résultats similaires. Il faut interpréter prudemment ces données en raison de la petite taille des échantillons. Ces premières informations sont toutefois rassurantes et suggèrent que si un risque tératogène existe, il est probablement faible. Ainsi, l’absence de malformation majeure parmi les 53 nouveau-nés ou fœtus examinables exposées in utero à l’olanzapine indique que le taux de malformation serait inférieur à 5,4%, donc très similaire au taux spontané. En pratique, si un nouveau traitement doit être instauré au cours de la grossesse, l’utilisation d’un neuroleptique classique reste préférable en raison d’un recul plus important. En revanche, si une grossesse survient au cours d’un traitement par olanzapine ou rispéridone, il n’est pas indispensable de préconiser son arrêt ou un changement pour un neuroleptique plus ancien. Il faudra cependant prendre en compte les effets indésirables métaboliques de ces nouveaux neuroleptiques (notamment diabète et prise de poids) qui devront être spécifiquement surveillés au cours de la grossesse. Si le traitement doit être poursuivi jusqu’à l’accouchement, une surveillance attentive du nouveau-né est à prévoir car le risque néonatal, possible pour les neuroleptiques conventionnels, n'est pas connu pour ces 2 nouvelles molécules. Toute tentative d’interruption du traitement ou de diminution de posologie avant l’accouchement sera considérée très prudemment et ne peut être systématiquement recommandé sans une évaluation psychiatrique rigoureuse en raison du risque important de rechute de la maladie. Les données sur l’allaitement sont encore pauvres, mais celui-ci semble compatible avec un traitement par olanzapine ou rispéridone: * Chez 7 patientes traitées par olanzapine (7,5 mg/j), le passage dans le lait était très faible. La molécule était indétectable dans le sérum des nouveau-nés allaités et aucun effet indésirable n’a été observé. * Les données portant sur 4 patientes traitées par rispéridone indiquent un passage limité du principe actif et de son métabolite actif dans le lait. Chez 2 nouveau-nés allaités, la rispéridone était indétectable et aucun effet indésirable n’a été observé. Ces nouvelles molécules ne semblent donc pas exposer l’embryon ou le nouveau-né à des risques particuliers. Un suivi prospectif portant sur un nombre plus important de grossesses ou de nouveau-nés allaités reste cependant indispensable, d'où la nécessité de déclarer toutes grossesses exposées aux centres de pharmacovigilance.

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