Question/Réponse : Goitre nodulaire et utilisation d'un désinfectant iodé

h4. Question bq. _Je surveille une exploitation pratiquant l’élevage de bovins. Une salariée agricole de 50 ans a subi en 2004 une ablation de l’isthme et du lobe gauche de la thyroïde, sièges d’un goitre multinodulaire. Un traitement freinateur par 75 µg/jour de lévothyroxine a été institué devant la constatation de plusieurs petits nodules sur le lobe droit restant ; la T4 et la TSH sont stables. Pendant 15 ans, elle a utilisé un produit iodé pour désinfecter le pis de ses vaches après la traite. L’opération durait près de deux heures chaque jour ; elle était effectuée sans protection particulière. Peut-on mettre le goitre sur le compte de cette exposition ?_ h4. Réponse Le produit incriminé est une spécialité vétérinaire liquide destinée à la prophylaxie des mammites des vaches laitières, contenant 0,25 % d’iode sous forme de povidone iodée. La povidone iodée est également le principe actif de la Bétadine®, antiseptique largement utilisé en milieu de soins. L’absorption percutanée de la povidone iodée est très faible si la peau est saine ; elle est en revanche importante (de l’ordre de 10 % de la dose appliquée) sur peau lésée et sur les muqueuses. La toxicité chronique de l’iode est purement thyroïdienne. Initialement, l’excès d’iodures diminue la production de T3 et T4 en inhibant le transport actif de l’iode et les réactions d’iodation de la thyroglobuline (effet Wolff-Chaikoff) ; puis un échappement survient, avec reprise de l’hormonosynthèse et maintien de l’euthyroïdie. Chez certains sujets susceptibles ou prédisposés, cette régulation est prise en défaut et/ou inadaptée : la surcharge iodée chronique (plus de 20 µg/kg par jour chez l’adulte) se traduit alors par une dysthyroïdie. Le plus souvent, il s’agit d’une élévation compensatrice de la TSH et d’un goitre hyperplasique, d’abord euthyroïdien puis avec hypothyroïdie. L’hyperthyroïdie ou une thyroïdite autoimmune s’observent surtout en cas de pathologie préexistante : déficit iodé, goitre, maladie de Basedow… En revanche, la saturation iodée n’entraîne pas la formation de nodules thyroïdiens. La surcharge iodée, purement biologique ou accompagnée d’une dysthyroïdie, est exceptionnelle en milieu de travail. Seulement quatre observations ont été signalées au cours des dernières décennies : aucune n’implique la povidone iodée. Une étude publiée en 2002 conduite chez 16 infirmières japonaises n’a montré aucun retentissement thyroïdien - clinique ni biologique - de l’utilisation quotidienne de povidone iodée pendant en moyenne neuf ans. Les saturations iodées décrites avec la povidone iodée sont exclusivement iatrogènes : application répétée sur peau lésée (escarres, fistules, cavités), application prolongée chez le nourrisson dont la thyroïde capte l’iode trois à quatre fois plus intensément que celle de l’adulte. En ce qui concerne cette salariée, il est très improbable que son exposition professionnelle soit à l’origine du goitre multinodulaire, pathologie très fréquente en relation avec des carences relatives en iode, dont la prévalence augmente avec l’âge et qui touche quatre femmes pour un homme (rôle des grossesses). Un goitre multinodulaire n’est pas le mode d’expression des dysthyroïdies iodées. De plus, en l’absence de dosage biométrologique (iodurie des 24 heures), la contamination systémique par l’iode reste hypothétique, même si les conditions de travail décrites sont évocatrices.

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