Question/Réponse : Sévoflurane et grossesse en milieu hospitalier

h4. Question bq. _Une femme de 37 ans, infirmière anesthésiste en neurochirurgie depuis huit ans, a fait deux fausses couches en 2004 ; deux grossesses s’étaient déroulées normalement en 1997 et en 2000. Elle est exposée au sévoflurane, principalement lorsqu’elle est affectée -- une semaine sur six (rotation sur les différents blocs) -- en chirurgie pédiatrique, où se pratique souvent une anesthésie au masque impliquant l’absence de système de récupération des gaz exhalés par le malade. Elle se plaint de céphalées et de nausées rythmées par le travail en salle de pédiatrie. Elle souhaite démarrer une nouvelle grossesse : que conseiller ?_ h4. Réponse Le sévoflurane (Sévorane®) est un gaz anesthésique halogéné très largement utilisé, notamment comme ici en pédiatrie. Contrairement à l’halothane, il est faiblement métabolisé (3 % de la dose inhalée), ce qui réduit le risque de toxicité rénale et hépatique. En milieu professionnel, des signes neurologiques peu spécifiques tels qu’une asthénie, des céphalées, des nausées et, à long terme, des troubles cognitifs ont été rapportés chez le personnel exposé aux gaz anesthésiques. Mais on ne peut discerner les effets propres des halogénés de ceux du protoxyde d’azote car ils sont presque toujours utilisés de manière concomitante. Une méta-analyse de 19 études épidémiologiques - cohortes et cas-témoins - réalisées en milieu de soins indique que l’exposition professionnelle aux anesthésiques gazeux entraîne un allongement du délai de conception et une augmentation -- faible : RR = 1,48 -- de l’incidence des fausses couches (FCS), sans qu’il soit possible, là encore, d’individualiser le rôle respectif des halogénés, du protoxyde d’azote, et même de l’oxyde d’éthylène parfois employé pour la stérilisation. L’augmentation des FCS n’est pas retrouvée lorsque des dispositifs de récupération et d’évacuation des gaz sont utilisés. Le risque relatif est plus élevé chez les assistantes dentaires (RR = 1,89), les vétérinaires et les assistantes vétérinaires (RR = 2,45) que chez le personnel hospitalier (RR = 1,3), vraisemblablement en raison de concentrations atmosphériques plus importantes dans ce type d’activité, du fait de l’absence de système de récupération des gaz expirés. Une enquête sur l’issue de la grossesse conduite entre 1987 et 1989 dans 18 hôpitaux parisiens avait mis en évidence un effet spécifique de l’activité en chirurgie pédiatrique, en relation avec des concentrations en halogénés plus élevées qu’en chirurgie conventionnelle. Du point de vue des malformations, aucun excès de risque n’a été mis en évidence à ce jour avec les anesthésiques gazeux, en milieu professionnel comme chez les patientes anesthésiées au cours de leur grossesse. En ce qui concerne cette infirmière, son exposition professionnelle au sévoflurane est discontinue mais vraisemblablement élevée car les interventions neurochirurgicales pédiatriques sont longues et l’anesthésie au masque à l’origine d’une importante pollution de l’atmosphère des blocs opératoires : des teneurs en halogénés dépassant 100 ppm peuvent y être mesurées alors que la concentration maximale recommandée -- il n’y a pas de valeur limite d’exposition professionnelle -- est de 2 ppm. Il existe en outre des signes d’imprégnation au cours du travail ainsi qu’une nette relation chronologique entre les périodes de présence au bloc pédiatrique et les FCS. Il est impossible d’affirmer avec certitude un lien entre une exposition toxique et une FCS à l’échelon individuel, compte tenu de la fréquence spontanément élevée de cet événement dans la population générale, d’autant plus élevée que la mère est plus âgée, ce qui est le cas ici. On peut cependant raisonnablement estimer que l’exposition professionnelle a joué un rôle dans la survenue des deux FCS consécutives chez cette salariée : pour une prochaine grossesse, il faut prévoir une mutation sur un poste non exposant, si possible dès le projet arrêté.

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