Lessives liquides en dosettes hydrosolubles : une dangerosité accrue ?

Les lessives pour le linge en poudre ou en liquide contiennent essentiellement des tensioactifs anioniques ou non ioniques. L'ingestion accidentelle d'une petite quantité est généralement sans conséquence. L'hospitalisation récente d'un enfant dans les suites immédiates d'une ingestion accidentelle d'Ariel Liquitabs® nous a incité à réexaminer les appels liés à cette nouvelle formulation commerciale. Il s'agit d'une lessive liquide contenant, en plus des détergents usuels, des dérivés de l'éthanolamine, et présentée en dosettes unitaires conditionnées dans un film hydrosoluble. Depuis le 1er octobre 2002, le centre antipoison de Lyon a recensé 34 cas. Il s'agissait toujours d'une exposition accidentelle : ingestion (28 cas), projection oculaire (5 cas) ou cutanée (1 cas). Dans 29 cas, la victime était un enfant de moins de 4 ans. Les signes cliniques, présents dans 27 cas, étaient essentiellement représentés par des vomissements (18 cas) et une toux (9 cas). Une conjonctivite était notée 3 fois sur 5 à la suite d'une projection oculaire. Six enfants ont été hospitalisés. Quatre d'entre eux présentaient des signes modérés (toux et/ou vomissements) et dans un cas, une suffocation initiale a motivé l'hospitalisation. Le dernier cas concerne une enfant de 13 mois ayant mordu dans une dosette. Elle présente rapidement des vomissements et est admise aux urgences 45 minutes plus tard où sont alors notées une dyspnée laryngée et une hypersialorrhée. Le pharynx est érythémateux. L'examen ORL met en évidence des phlyctènes des aryténoïdes et un rétrécissement sous glottique. La trachée et les bronches souches sont inflammatoires. Des ulcérations oesophagiennes minimes sont présentes à 10 cm des arcades dentaires. L'enfant est intubée et ventilée pendant 48 heures. Une première endoscopie de contrôle montre un œdème des cordes vocales et un œdème glotto-sous-glottique. L'enfant étant subfébrile dès son arrivée à l'hôpital, la question d'une infection trachéo-bronchique préexistante, qui expliquerait l’étendue de l’inflammation, est discutée. L'oesogastroscopie pratiquée dix jours après l'incident montre une cicatrisation parfaite de l'œsophage. En raison de la viscosité, du caractère hygroscopique et d'une composition un peu plus agressive de ces produits, le risque de lésions locales pourrait être majoré. Il devra être pris en compte en cas de persistance des signes cliniques dans l'heure suivant l'ingestion. De même, la projection oculaire devra être suivie d'une décontamination soigneuse et un examen ophtalmologique sera proposé devant la persistance des symptômes. Il semble légitime de mettre en place une évaluation prospective de la dangerosité de cette nouvelle forme de lessive pour le linge.

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