Toxicité des insecticides pyrethrinoïdes

Les pyréthrinoïdes sont des analogues synthétiques des pyréthrines, substances extraites de la fleur d'une variété de chrysanthème, le pyrèthre, et douées de propriétés insecticides. Les pyréthrines naturelles ont l'inconvénient d'être rapidement inactivées par la lumière; les dérivés de synthèse, au contraire, sont photostables. Ce sont des esters de l'acide cyclopropane carboxylique; la dénomination commune internationale des diverses molécules commercialisées se termine par le suffixe -thrine : alléthrine, cisméthrine, cyperméthrine, deltaméthrine...

Les pyréthrinoïdes sont, pour la plupart, rapidement inactivés par les micro-organismes du sol; non rémanents dans l'environnement, ils ne laissent donc pas de résidus dans l'eau ni dans les plantes. Considérés à juste titre comme la classe d'insecticides la plus sûre, ils remplacent de plus en plus les organochlorés type lindane (peu biodégradables) et les organophosphorés (toxiques). Ils sont fréquemment associés au pipéronyl-butoxyde, qui augmente leur efficacité et leur durée d'action en inhibant les oxydases de l'insecte qui détoxifient l'insecticide.

Utilisations

Ce sont des insecticides de contact particulièrement efficaces, et ce à très faible dose. Lipophiles, ils traversent la membrane de l'insecte et exercent une action neurotoxique directe par blocage des canaux sodiques rapides. Outre leurs utilisations phytosanitaires (sur tous les types de culture), les pyréthrinoïdes sont employés dans la lutte antivectorielle en pays d'endémie palustre. Ils entrent dans la composition de produits xylo-protecteurs, le plus souvent en association avec d'autres matières actives. Ce sont également des insecticides ménagers, sous forme de bombe-aérosol, diffuseur électrique, ruban à combustion lente... Enfin, ils possèdent des applications en thérapeutique humaine et vétérinaire, dans le traitement de la gale et des pédiculoses (shampooing anti-poux par exemple).

Toxicité

Les organes-cibles des pyréthrinoïdes sont essentiellement la peau, les muqueuses et les voies respiratoires, où ils exercent une action irritante. En raison d'une inactivation digestive (hydrolyse par les estérases du tube digestif) et hépatique (hydroxylations multiples) importante et précoce, la toxicité par voie orale est extrêmement faible chez tous les mammifères, avec des DL50 élevées ( > 1 g/kg), sauf pour la deltaméthrine, molécule beaucoup plus stable.

Manifestations cliniques

  • L'ingestion de formulations insecticides à base de pyréthrinoïdes est le plus souvent sans risque sérieux en raison de la faible concentration des préparations commerciales et de l'inactivation digestive. Les risques toxiques éventuels proviennent du solvant et/ou des additifs et/ou des matières actives associées.
  • L'exposition à de fortes concentrations de pyréthrinoïdes (pulvérisation intensive en milieu agricole, pulvérisation excessive et/ou dans un lieu confiné en milieu domestique) se traduit par des manifestations irritatives cutanéo-muqueuses, ORL et respiratoires. Conjonctivite, paresthésies du visage (sensation de cuisson et prurit par stimulation directe des terminaisons sensitives locales), oppression thoracique et toux sont les symptômes le plus souvent rapportés. Les sujets sensibles (asthmatiques et bronchitiques chroniques) peuvent présenter un bronchospasme "irritatif", de mécanisme non allergique. Le traitement de tous ces troubles est symptomatique.
  • Les effets de l'exposition chronique professionnelle sont limités. Il n'y a pas de sensibilisation cutanée ni respiratoire rapportée avec les dérivés synthétiques, contrairement aux pyréthrines naturelles qui sont allergisantes (eczéma, asthme). Une élévation isolée de la γ-GT est parfois retrouvée et pourrait témoigner du pouvoir inducteur des enzymes microsomiales de certaines molécules. Il n'y a pas d'effet à long terme (cancérogénèse, toxicité pour la reproduction) mis en évidence lors de l'expérimentation animale ni dans les études épidémiologiques disponibles.
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