Question/Réponse : Irritation et/ou sensibilisation aux colles cyanoacrylates

Question : Une femme de 26 ans, sans antécédent notable (pas de terrain atopique), se plaint depuis quelques semaines d'une irritation oculaire et rhinopharyngée ainsi que de crises dyspnéiques sibilantes, sans horaire net, diurnes comme nocturnes. L'examen clinique est sans anomalie, la radiographie pulmonaire est normale. La patiente met en cause les produits manipulés au cours de son travail dans un atelier de micro-électronique: colle Loctite®, pour coller des joints caoutchouc sur des circuits imprimés, acétone pour nettoyer les bavures de colle. Ces produits sont d'introduction récente (2 mois) dans l'entreprise. Qu'en pensez-vous ?

Réponse : La Loctite® incriminée est une colle cyano-acrylate à 2 composants. L'apprêt est à base d'acétone, de F 113 ou trichlorotrifluoroéthane et d'une amine aliphatique. La résine cyano-acrylate est pure, sans solvant ni catalyseur; la polymérisation finale s'accompagne d'un dégagement de monomères en raison du caractère exothermique de la réaction. Toutes ces molécules sont très volatiles, et irritantes à des degrés divers.

Les troubles décrits par cette patiente paraissent être de 2 ordres. Tout d'abord, des manifestations oculaires et ORL non spécifiques, de mécanisme irritatif dose-dépendant et témoignant d'une mauvaise hygiène du poste de travail. Les crises d'asthme, en revanche, pourraient relever d'un mécanisme immuno-allergique, par sensibilisation aux cyano-acrylates et/ou aux amines. Celle-ci peut survenir même à faible concentration mais est volontiers favorisée par l'exposition à de fortes doses, qui font le lit de la sensibilisation par le biais de phénomènes inflammatoires non spécifiques.

Le diagnostic différentiel entre irritation simple (ne nécessitant qu'une amélioration des conditions de travail visant à réduire le niveau d'exposition) et allergie (nécessitant l'éviction en raison du risque d'installation d'une maladie asthmatique invalidante, peu sensible aux traitements habituels) est important à réaliser en raison de ses implications pratiques pour la salariée. Il est donc souhaitable de pratiquer une exploration fonctionnelle respiratoire, ambulatoire (mesure du débit de pointe au travail et au domicile par peak-flow meter) et en milieu hospitalier. Il n'y a pas de RAST, permettant la mise en évidence d'IgE spécifiques, disponibles pour les monomères cyano-acrylates ni pour les amines aliphatiques. Un test de provocation bronchique, reproduisant de façon "contrôlée" le geste professionnel, peut, le cas échéant, permettre de trancher.

En cas d'asthme allergique, une reconnaissance en Maladie Professionnelle est possible au titre du tableau 66 du régime général (colles aux cyano-acrylates) ou du tableau 49 (amines aliphatiques). Il faut enfin se mettre en rapport avec le Médecin du Travail de l'entreprise pour qu'avec l'employeur, il améliore l'hygiène de ce poste: aspiration des vapeurs, ventilation de l'atelier, port de protections individuelles...

search