Fluoroquinolones et allaitement

Les fluoroquinolones sont classiquement contre-indiquées en pédiatrie en raison du risque d’arthropathies observé chez le jeune animal. Leur utilisation en deuxième intention dans certaines situations bien spécifiques reste néanmoins possible. Les données actuelles indiquent que les effets indésirables musculo-squelettiques des fluoroquinolones chez l’enfant sont peu fréquents, généralement transitoires et d’intensité modérée. Ce sont principalement des arthralgies qui apparaissent dans les deux premières semaines de traitement. Les filles de plus de 6 ans semblent les plus touchées. Ces effets paraissent indépendants de la dose et de la durée du traitement. L’évolution est en règle favorable. En ce qui concerne l’allaitement, de rares études réalisées chez un petit nombre de femmes indiquent que la ciprofloxacine, la lévofloxacine, l’ofloxacine ou la péfloxacine sont excrétées dans le lait maternel. Les concentrations mesurées dans le lait étaient proches ou supérieures aux concentrations plasmatiques maternelles, notamment la ciprofloxacine qui peut être jusqu’à deux fois plus concentrée dans le lait maternel. Les concentrations dans le lait sont maximales entre la 2[^ème^] et la 4[^ème^] heure suivant la prise et il ne semble pas y avoir d'accumulation dans le lait en cas de prises répétées. Un passage présumé important dans le lait n’implique pas une exposition significative chez l’enfant car les quantités totales excrétées dans le lait restent faibles. Ainsi, la ciprofloxacine était indétectable dans le sérum d’un nouveau-né allaité par une mère traitée par 500 mg/j pendant 10 jours. Par ailleurs, les calculs théoriques indiquent que le nouveau-né recevrait environ 3% de la dose maternelle rapportée au poids. La dose ingérée via le lait paraît donc limitée et serait bien inférieure à celle utilisée habituellement en pédiatrie. A ce jour, il n’a pas été rapporté d’effet indésirable musculo-squelettique chez le nouveau-né exposé aux fluoroquinolones via l’allaitement et il semble peu probable qu’un nourrisson puisse développer une arthropathie dans ces conditions. En revanche, le risque d’effet indésirable digestif, notamment une diarrhée, reste possible. Un cas de colite pseudo-membraneuse a ainsi été rapporté chez un nourrisson dont la mère avait pris en automédication un traitement de 6 jours par ciprofloxacine. Compte tenu de ces données et à condition qu’il n’y ait pas d’alternative thérapeutique, l’utilisation de certaines fluoroquinolones semble compatible avec l’allaitement. Parmi celles-ci, la ciprofloxacine est la plus concentrée dans le lait, avec au moins un cas d’effet indésirable grave rapporté chez un nouveau-né allaité. Les taux d’ofloxacine retrouvés dans le lait maternel sont plus faibles que ceux de la ciprofloxacine, sans effet indésirable rapporté au cours de l’allaitement. En fonction de ces données, encore très insuffisantes pour juger du risque d’une exposition d’un nourrisson à une fluoroquinolone via le lait maternel, nous suggérons de privilégier l’utilisation de l’ofloxacine puis celle de la ciprofloxacine si un traitement par une fluoroquinolone est indispensable chez une femme qui souhaite poursuivre l’allaitement. Il est préférable d’éviter d’allaiter dans les 2 à 4 heures suivant la prise.

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