Buflomédil : ne pas oublier les risques

Le buflomédil est un vasodilatateur périphérique commercialisé en France depuis 1976 dans deux indications : l'amélioration du phénomène de Raynaud et le traitement symptomatique de la claudication intermittente des artériopathies chroniques oblitérantes des membres inférieurs. Malgré sa commercialisation ancienne, la dangerosité du buflomédil reste mal connue. Une première enquête de pharmaco-toxicovigilance réalisée en 1997 avait clairement identifié les risques en cas de surdosage qu’il soit accidentel ou volontaire. Différentes mesures avaient été prises dans le but de réduire ces risques, notamment la nécessité d’adapter la posologie à la fonction rénale, une contre-indication en cas d’épilepsie et la réduction des conditionnements à 3 g de principe actif pour limiter les conséquences graves des intoxications volontaires. Afin d’évaluer l’impact de ces mesures, une nouvelle enquête prenant en compte les cas déclarés depuis 1998 a été réalisée par le service Centre Antipoison – Centre de Pharmacovigilance de Lyon. Une attention particulière a été portée sur les circonstances de survenue de ces effets indésirables. Pour les observations de pharmacovigilance, seuls les cas ayant un critère de gravité ont été pris en compte. Il a été recensé 188 observations, notifiées entre 1998 et 2005, essentiellement chez des patients âgés (âge moyen = 70,2 ans) et/ou insuffisants rénaux, aussi bien avec les formes orales qu'injectables. Dans plus de la moitié des cas, la nature des effets indésirables rapportés traduisait un surdosage relatif avec des manifestations neurologiques dans un tiers des cas (essentiellement myoclonies ou convulsions), des manifestations cardiaques dans 15% des cas (troubles du rythme ou arrêts cardiaques) et des manifestations combinant à la fois troubles neurologiques et cardiaques dans les autres cas. Parmi les 16 décès recensés, une responsabilité directe du buflomédil est apparue possible dans la moitié des cas, la forme injectable étant en cause dans 5 de ces 8 cas. L’un des points importants de cette enquête de pharmacovigilance a été l’identification d’un mésusage, retrouvé dans 41% des observations. Celui-ci portait sur un non respect de la contre-indication en cas d’épilepsie, sur un non respect des indications reconnues du buflomédil (par exemple, utilisation dans les surdités aiguës ou des indications vasculaires très variées et non validées) et surtout sur une inadaptation des posologies à la fonction rénale conduisant à un surdosage relatif. Ce mésusage apparaissant trois fois plus fréquent avec les formes injectables. Un travail réalisé par le service pharmaceutique de l’hôpital de la Croix Rousse et portant sur une analyse d’ordonnances entre 2001 et 2003 a montré que le buflomédil représentait une cause fréquente d’intervention pour adaptation de posologie chez des patients insuffisants rénaux. En parallèle, les données portant sur 223 cas d’intoxication volontaire recueillies pendant cette même période par 9 des 13 centres antipoison et centres de toxicovigilance français ont été analysées. Il s’agissait d’une population plus jeune (40% de moins de 29 ans) dont 57% de femmes. Un critère de gravité défini, outre le décès, par la survenue de manifestations cardiaques sévères (troubles du rythme, collapsus, arrêt cardiaque), de convulsions ou d'un état de mal épileptique, était présent dans près de la moitié des cas. Il était retrouvé dans un tiers des cas lorsque la dose supposée ingérée ne dépassait pas 3 g, mais était constant lorsque cette dose était supérieure à 6 g. Un décès a été constaté chez 24 patients (12% des intoxications), le buflomédil en étant la cause probable dans la majorité de ces cas. La fréquence élevée des décès doit conduire à considérer ce médicament comme l’un des plus dangereux en cas de tentative de suicide. L’ensemble de ces données confirme donc les risques du buflomédil et la fréquence de son mésusage, dont les conséquences peuvent être graves. Malgré les mesures antérieures de réduction du nombre de comprimés par conditionnement, le risque de complications graves ou de décès persiste en cas d’intoxication volontaire. Toutes ces données doivent amener à sérieusement peser les indications de ce médicament dont la place reste très modeste et devrait de toute façon être exclusivement limitée aux artériopathies des membres inférieurs.

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