Toxicomanie aux solvants

Le nombre d’appels relatifs à l'inhalation volontaire de produits domestiques par des adolescents, répertoriés par le CEIP de Lyon, semble en progression régulière. Quantitativement, ils représentent la 2ème classe de produits expérimentés par les jeunes de 17-18 ans derrière le cannabis. Toutefois, les usages réguliers restent rares. Par ailleurs, ce sont, après le tabac, les substances le plus précocement expérimentées par les jeunes Français : en moyenne entre 14 et 15 ans, plus rarement dès 12-13 ans. Parmi ces produits, citons certaines colles, les détachants liquides (Eau Ecarlate Détachant Universel, essence de térébenthine…), les solvants pour vernis et peintures (comme le White spirit), les dissolvants à ongles, les carburants, les gaz pour briquet et les aérosols (dépoussiérants informatiques, parfums, déodorants, laques, désodorisants…). Tous ces produits ont en commun la présence d'un (ou plusieurs) solvants organiques : les plus fréquemment impliqués en milieu domestique sont les hydrocarbures non substitués issus du raffinage du pétrole (ou de la distillation des oléorésines du pin maritime pour l'essence de térébenthine), mais certains d'entres eux renferment des hydrocarbures oxygénés (comme les cétones) ou des hydrocarbures halogénés. Généralement ces hydrocarbures sont des liquides volatils ; certains sont des composés gazeux utilisés comme gaz propulseurs des aérosols (butane, propane ainsi que de nombreux hydrochlorofluorocarbones ou HCFC très proches des "fréons"). Tous sont absorbés par voie respiratoire et plusieurs modes de toxicomanie sont décrits. Les émanations du produit peuvent être inhalées à partir du récipient (sniffing), d’un chiffon imbibé saturé (huffing) ou encore d’un sac en plastique (bagging). Le produit peut enfin être pulvérisé directement dans la bouche (spraying). Tous les solvants organiques agissent sur le système nerveux central ce qui se traduit par un syndrome ébrio-narcotique avec sensation d'ivresse, état d'excitation, vertiges souvent accompagnés de céphalées et de nausées. Cette sensation d'ivresse est l'effet principalement recherché par les toxicomanes. En cas d'inhalation massive, des troubles de conscience (somnolence et obnubilation) peuvent se manifester avec évolution possible vers un coma. Ces troubles de conscience peuvent être favorisés par l'anoxie engendrée par certaines pratiques comme le bagging. Les HCFC sont peu dépresseurs du SNC et l'usage allégué des dépoussiérants informatiques est souvent la recherche d'une modification de la tonalité de la voix. En cas d'exposition chronique, une encéphalopathie en rapport avec des lésions cérébrales définitives peut s'installer. Les troubles initiaux sont représentés généralement par une asthénie, des troubles du sommeil, des pertes de mémoire, des céphalées et des vertiges. En cas de poursuite de la toxicomanie, l'évolution peut se compliquer d'une détérioration intellectuelle avec signes neurologiques déficitaires objectifs et atrophie corticale et cérébelleuse visible à l'imagerie. La plupart des hydrocarbures ne sont que peu irritants pour les tissus superficiels (épiderme et muqueuse rhinotrachéobronchique). Cependant, en raison de leur action sur les lipides membranaires, ils sont à l'origine d'un dessèchement cutané pouvant se surinfecter chez les toxicomanes réguliers. De façon plus exceptionnelle, une toxicité spécifique propre à certains solvants a été rapportée. Les gaz propulseurs ont été impliqués dans des gelures oro-pharyngées. Si une toxicité cardiaque est légitimement attendue avec certains solvants chlorés (principalement le trichloréthylène, solvant actuellement exceptionnel en milieu domestique), elle a été évoquée avec d'autres solvants (notamment les gaz propulseurs) impliqués dans la survenue de certains accidents aigus mortels (accidents parfois rapportés dès la première expérimentation). Une cardiotoxicité directe reste bien souvent à démontrer et le rôle de l'anoxie (bagging ou survenue d'un spasme laryngé avec les gaz propulseurs) est probablement un facteur prépondérant dans la genèse de ces décès. Le diagnostic de la toxicomanie est facilité par l’odeur caractéristique de l’haleine (l’organisme excrétant une partie de la dose absorbée par voie pulmonaire). De plus, les utilisateurs réguliers présentent souvent une pyodermie péri-orale. La toxicomanie aux solvants doit alerter sur des troubles psychologiques sous-jacents ou d’éventuelles consommations associées. Dans la plupart des cas, cette pratique reste transitoire et le passage à une véritable addiction avec les substances volatiles abusées demeure rare.

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