Fiche technique : Les toxiques de l'été

Produits pour piscine Algicides : ils contiennent en très grande majorité des ammoniums quaternaires (le plus souvent du chlorure d’alkylbenzyldiméthylammonium) dont la concentration leur confère bien souvent un pouvoir caustique. Biocides : « Chlore lent » produit très répandu pour la désinfection de l’eau. Il est disponible le plus souvent sous forme de galets de 200 à 250 g, mais aussi sous forme de granulés, pastilles ou comprimés (« chlore choc »). Il est composé d'acide trichloroisocyanurique ou de dichloroisocyanurate de sodium (parfois pur, souvent associé à du bicarbonate de sodium). Bien évidemment ces composés ne libèrent pas de cyanures ! Le plus souvent les utilisateurs sont incommodés par l’odeur chlorée ; on observe régulièrement des irritations bénignes et passagères des yeux et des voies aériennes supérieures (larmoiement, toux, rhinorrhée) consécutives à un petit dégagement de gaz chlore lorsqu’on met de l’eau sur le galet et non le galet dans l’eau, ou encore lorsque la quantité d’eau dans laquelle est dissoute la forme solide est insuffisante. Plus rarement, il arrive que, dans certaines conditions (local confiné), un bronchospasme soit déclenché, notamment en cas d'hyperréactivité bronchique (comme chez l'asthmatique). Correcteurs de pH : la matière active du « pH plus » est un alcalinisant : le carbonate de sodium (souvent associé à du bicarbonate de sodium), tandis que le « pH moins » est un acide : soit du bisulfate de sodium (HNaSO4 ou hydrogénosulfate de sodium ou pyrosulfate de sodium) sous forme solide en poudre ou granulés, soit de l’acide sulfurique. Les pH moins sont très irritants ou caustiques. Détartrants pour filtre à sable : à base d’acide phosphorique, sulfamique, ou chlorhydrique. Ils sont très irritants ou caustiques. Floculants : ils contiennent du sulfate d’aluminium (cartouches) ou de l’hydroxyde d’aluminium (solution aqueuse) et sont non toxiques. Nettoyants pour « ligne d’eau » : ils contiennent habituellement de l'hydroxyde de sodium (soude caustique), mais peuvent contenir de la potasse, de l'acide phosphorique ou chlorhydrique (liquide ou gel). Ces produits sont toujours irritants et le plus souvent caustiques (étiquetés « corrosifs »). Tests de chlore/acidité : le « réactif chlore » contient de l’acide chlorhydrique peu concentré ; le « réactif pH » contient du rouge de phénol, molécule peu toxique et faiblement concentré (0,03%). Allume-feu pour barbecues Formes liquides : elles sont à base de paraffine ou de distillats de pétrole (white-spirit, kérosène, isoalcanes, isododécanes) auxquels sont parfois ajoutés divers additifs, butyl-glycol, tensioactifs, huiles essentielles de plantes aromatiques… L'ingestion d'un produit liquide contenant un dérivé pétrolier n'est pas anodine et peut conduire, en cas de fausse route, à des complications pulmonaires de type pneumopathie d'inhalation, se constituant en quelques heures à 1 ou 2 jours ; elles sont d'évolution généralement favorable avec une prise en charge adaptée. La fausse route massive, conduisant à une détresse respiratoire aiguë rapide, voire au décès reste très exceptionnelle. Les manœuvres de vomissements provoqués qui favorisent ces fausses routes devront absolument être proscrites. Tout enfant présentant une toux suffocante et/ou persistante devra être hospitalisé. Formes solides (blocs, cubes, bûchettes, tisons, charbon de bois imprégné) : elles sont constituées, le plus souvent, d'un support (bois pressé, sciure de bois agglomérée ou papier) imprégné de paraffine, de kérosène ou d'autres hydrocarbures pétroliers. Le bois pressé peut être remplacé par une résine, styrénique ou urée aldéhyde, urée formol par exemple. Des additifs, durcisseurs, émulsifiants, tensioactifs, acides en faible pourcentage les complètent parfois. Le suçage, le grignotage, voire l'ingestion d'un produit solide ne présente habituellement pas d'autre risque que celui d'un mauvais goût dans la bouche. Ces formes limitent donc les conséquences d'une intoxication. Cependant, comme pour les formes liquides, les risques d'incendie ne doivent pas être méconnus ; la consigne est de ne jamais raviver la flamme d’un barbecue à charbon de bois avec un produit allume feu ou tout autre produit inflammable. Accumulateurs de froid pour glacière et "glaçon plastique" A base essentiellement d’eau (96 %) et de carboxyméthylcellulose, le contenu de ces produits est anodin. La présence éventuelle de conservateurs n'a jamais été impliquée comme source d'intoxication en cas d'ingestion. Insecticides domestiques Ils ont pour but de lutter contre les hôtes indésirables des habitations (mouches, moustiques, fourmis, guêpe, frelons…), particulièrement fréquents au cours de la période estivale. Insecticides domestiques "insectes volants et rampants" : Ils sont disponibles sous formes d'aérosols ou de fumigènes. Les substances actives sont majoritairement des pyréthrinoïdes de synthèse (généralement identifiées par le suffixe "thrine") souvent associées au butoxyde de pipéronyl (synergique par inhibition des oxydases à l'origine de leur dégradation chez l'insecte) et parfois, pour les produits anciens, en association avec un organophosphoré (dichlorvos) ou un carbamate (propoxur). Les matières actives, en solution dans un solvant organique de type pétrolier, sont très faiblement concentrées. Ces faibles concentrations et la faible toxicité humaine des pyréthrinoïdes de synthèse sont à l'origine d'intoxications généralement bénignes notamment lors des expositions accidentelles de l'enfant. Cependant, la pulvérisation intensive d'un aérosol à base de pyréthrinoïdes de synthèse peut occasionner des manifestations respiratoires irritatives (voire un bronchospasme chez les patients porteurs d'une hyperréactivité bronchique). Anti-moustiques : Ils sont disponibles sous forme d'aérosols, de spirales, de plaquettes et de diffuseurs électriques à recharge solide ou liquide. Les substances actives longtemps dominées par des substances végétales (pyrèthre naturel ou huiles essentielles de plantes comme la citronnelle), sont actuellement largement remplacées par les pyréthrinoïdes de synthèse. Des expositions accidentelles sans conséquence sont principalement rapportées chez des enfants ayant mâchouillé ou sucé les recharges pour diffuseur électrique. Anti-fourmis : Outre les formes générales "insectes volants et rampants" et les poudres appliquées sur le trajet des insectes (volontiers à base d'organophosphoré, de carbamate ou de fipronil généralement peu concentrés), ils sont disponibles sous la forme d'appâts (boîtes ou appâts gélifiés). Le principe actif des appâts est souvent du diméthylarseniate de sodium (ou cacodylate), dérivé organique peu toxique de l'arsenic. Si ces appâts peuvent renfermer d'autres principes actifs comme un organophosphoré (phoxime) ou du fipronil, leurs concentrations toujours faibles (0.1% de phoxime, 0.05% de fipronil, 2% de cacodylate) les rendent peu dangereux y compris pour les enfants volontiers attirés par leur goût sucré. Anti-mouches : Outre les formes générales "insectes volants et rampants" et les autocollants (stickers vitres décoratifs imprégnés de divers insecticides très faiblement concentrés ou rubans de glue non toxiques), ils sont disponibles sous la forme d'appâts (granulés). Le principe actif de ces appâts est le méthomyl associé à une phéromone sexuelle (tricosène) attractive pour l'insecte. La faible concentration du principe actif (1% de méthomyl) et l'association constante à un amérisant (bitrex) sont à l'origine d'expositions impliquant de très faibles quantités habituellement sans conséquence, notamment chez l'enfant. Cosmétiques de l'été Produits solaires : En cas d’ingestion aiguë, les produits solaires sont pratiquement atoxiques. Au maximum, des troubles digestifs, liés à un effet laxatif, sont théoriquement possibles si l’ingestion est importante. En cas d’application cutanée, le risque est essentiellement immunaollergique. Répulsifs cutanés : Destinés à éviter les piqûres d'insectes, ils sont considérés comme des produits cosmétiques et d’hygiène corporelle, ne nécessitant pas d’obtention d’AMM. Disponibles sous différentes formes (lait, spray, crème), ils peuvent contenir des molécules très variables dont le DEET considéré comme la plus efficace, le 35/35, le diméthylphtalate, l’éthylhexanediol, les huiles essentielles de plante (la citronnelle, l’eucalyptus)… Les huiles essentielles notamment de citronnelle sont responsables d’eczéma de contact. Des effets locaux après application cutanée sont possibles, notamment une irritation cutanée, favorisée par la macération, le frottement avec les habits et la concentration du produit. Peu de données sont disponibles sur la toxicité systémique lors de l’application cutanée ou de l’ingestion accidentelle ou volontaire de ces produits. Le DEET qui est la molécule la mieux connue peut être responsable chez l’enfant d’une encéphalopathie avec convulsions dans un contexte d’usage excessif (applications sur des surfaces cutanées étendues de produit fortement concentré). Tatouages temporaires : Les tatouages temporaires au henné noir connaissent une popularité grandissante au cours de la période estivale. Ils se compliquent fréquemment d’un eczéma de contact par sensibilisation. Le tableau clinique est fortement évocateur : dans un délai d’une à trois semaines, apparaissent des lésions cutanées linéaires prurigineuses, érythémateuses ou desquamatives, reproduisant le dessin du tatouage. Il s’agit d’une réaction d’hypersensibilité essentiellement due à la présence d’un colorant bien connu, la paraphénylènediamine (PPD), utilisé pour augmenter la stabilité et la longévité du henné et obtenir une couleur noire. L’hypersensibilité à la PPD est définitive et des réactions croisées avec d’autres colorants de la même famille, mais aussi certains médicaments (sulfamides antidiabétiques ou antimicrobiens, anesthésiques locaux tels que benzocaïne et procaïne) sont possibles. Outre ces effets, des complications à type d’hypopigmentations temporaires peuvent être observées. Alors que la PPD est soumise à une législation européenne limitant sa concentration à 6 % dans les teintures capillaires avec une précaution d’emploi interdisant l’application du produit directement sur la peau et les sourcils, les tatouages temporaires ne relèvent d’aucune législation et il est fait mention dans la littérature de produits en contenant jusqu’à 15 %. Du fait de l’impossibilité de connaître la composition exacte des hennés, on ne peut que recommander d’éviter les tatouages temporaires.

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