Augmentation de l'aluminium sérique chez un viticulteur porteur d'une RCH

Question : Un viticulteur de 32 ans pulvérise chaque saison sur ses vignes divers produits phytosanitaires - pour l’essentiel des fongicides - en tracteur à cabine fermée. Il présente depuis 1999 une rectocolite hémorragique, stabilisée depuis 2003. Une concentration plasmatique d’aluminium double de la normale (0,65 µmol/l soit 20 µg/l) a été récemment mise en évidence chez ce patient (un dosage de métaux lourds a été effectué à sa demande, je n’en connais pas les motifs…). Je me pose la question de la responsabilité du fosétyl-aluminium qu’il utilise régulièrement ; il n’a jamais fait état de symptomatologie au cours ou au décours du travail. Qu’en pensez-vous ? Réponse : Le fosétyl-aluminium (fosétyl-Al) ou tris(O-éthyl phosphonate) d’aluminium est un fongicide systémique mis sur le marché en 1978. Absorbé par les feuilles et les racines, il inhibe la germination des spores et/ou bloque le développement du mycélium de nombreux champignons, notamment les Phycomycètes. Seul ou en association avec d’autres anticryptogamiques, il est présent dans plus d’une vingtaine de formulations commercialisées en France : celles-ci bénéficient d’une AMM pour le traitement de la vigne contre le mildiou et l’excoriose, mais aussi pour celui des agrumes, des arbres fruitiers, de certains légumes et du houblon. La substance active se présente sous forme d’une poudre incolore hydrosoluble non volatile. Le fosétyl-aluminium est légèrement irritant pour la peau et très irritant pour l’œil : en effet, au contact de la sueur et de l’eau muqueuse, il est hydrolysé en acide hypophosphoreux et en éthanol. Les tests de sensibilisation chez le cobaye sont négatifs. Sa toxicité aiguë est extrêmement faible, comme en témoigne la valeur très élevée de la DL50 par voie orale chez le rat, supérieure à 5800 mg/kg. La DL50 par voie dermale chez le lapin est supérieure à 3200 mg/kg, reflet d’une faible pénétration percutanée, estimée in vitro entre 0,02 et 0,2 % de la dose déposée sur les téguments. En administration réitérée par voie orale, la dose sans effet est de 1450 mg/kg chez le rat - ce qui est considérable - et de 298 mg/kg chez le chien ; il n’y a pas d’accumulation d’aluminium chez les animaux traités. En ont été déduites une dose journalière acceptable (DJA) pour l’homme de 3 mg/kg et des limites maximales de résidus (LMR) dans les denrées comprises entre 1 et 120 mg/kg selon les cultures. Aucune publication ne fait état d’effet indésirable du fosétyl-aluminium chez les travailleurs exposés, en milieu agricole comme en secteur industriel de production. En particulier, une augmentation de la charge corporelle en aluminium n’est pas signalée ; elle n’a cependant peut-être pas été spécifiquement recherchée... Elle apparaît cependant improbable au vu des caractéristiques physicochimiques et toxicocinétiques de la molécule. En ce qui concerne ce patient, son exposition professionnelle au fongicide est très faible (port de gants et d’un masque lors de la préparation de la bouillie, pulvérisation en tracteur à cabine fermée, ventilée et filtrée, douche en fin de traitement) et n’explique pas l’élévation de l’aluminémie. En revanche, la rectocolite conduit vraisemblablement à la prise répétée de pansements digestifs, dont certains contiennent de fortes doses d’hydroxyde ou de phosphate d’aluminium (Maalox®, Phosphalugel®…), bien absorbés par une muqueuse digestive altérée. Ainsi, un traitement à posologie usuelle par un médicament anti-acide gastrique à base d’hydroxyde d’aluminium conduit à l’ingestion quotidienne de 500 à 5000 mg d’aluminium élémentaire, multipliant par deux le taux sérique du métal (inférieur à 10 µg/l en population générale), sans effet indésirable particulier à court comme à long terme lorsque la fonction rénale est normale. Près d’une dizaine d’études épidémiologiques (mortalité et cas-témoins) ont notamment démontré l’absence de lien entre consommation prolongée d’anti-acides à base d’aluminium et risque de maladie d’Alzheimer.

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