Fiche technique : Le Fomépizole : antidote des intoxications par le méthanol et l'éthylène glycol

RAPPEL SUR LES INTOXICATIONS PAR LE MÉTHANOL ET L'ÉTHYLÈNE GLYCOL Les intoxications aiguës sont presque exclusivement secondaires à une absorption orale. Le méthanol (ou alcool méthylique) est utilisé comme solvant, carburant, matière première dans l'industrie chimique. Il entre dans la composition de quelques produits d'entretien pour automobiles (lave glace), mais c’est surtout dans l’alcool à brûler qu’on le retrouve, faiblement concentré dans les alcools à brûler d’origine française et presque pur dans ceux d’origine espagnole ou belge. Enfin, il peut être introduit frauduleusement (ou accidentellement) dans des alcools frelatés (pastis) ou de fabrication artisanale. L'éthylène glycol (EG) est principalement employé comme antigel (circuits de refroidissement automobile et de chauffage, lave-glace). Il est aussi utilisé comme intermédiaire de synthèse dans l'industrie et comme co-solvant d'un grand nombre de préparations d’usage varié. De saveur sucrée, il a été source d'intoxications accidentelles sévères jusqu'à l'introduction d'un amérisant, en particulier dans les antigels pour automobile, habituellement fortement concentrés en EG. Toxicocinétique Méthanol et EG ont une absorption digestive rapide (pic plasmatique 16 mmol/l). Les intoxications par EG et méthanol diffèrent par leur toxicité spécifique d'organe : le méthanol est fréquemment responsable de troubles de la vue (mydriase, vision floue, amputation du champ visuel, cécité) pouvant apparaître dès la phase initiale alors que l'EG est responsable d'une insuffisance rénale, parfois anurique, d'intensité maximale à J2-J3. L'évolution peut conduire au décès ou causer des séquelles irréversibles, notamment ophtalmologiques pour le méthanol et rénales pour l'EG. Le tableau clinique initial comme son évolution peuvent être fortement influencés par une co-ingestion d'éthanol ; si celle-ci peut majorer les troubles de la conscience, elle diffère l'apparition de l'acidose et peut en réduire la sévérité. Principes du traitement En raison de la rapidité d'absorption, l'évacuation digestive n'est pas conseillée. De plus, ces molécules ne sont pas adsorbées par le charbon végétal activé. Outre le traitement symptomatique, comprenant notamment la correction de l'acidose, la prise en charge vise principalement à inhiber le métabolisme du méthanol et de l'EG afin de limiter la production des métabolites à l'origine des manifestations toxiques. Cette inhibition est obtenue par l'administration de substances capables, par un mécanisme compétitif, de bloquer l'action de l'alcool déshydrogénase (ADH). Cette inhibition compétitive a longtemps été réalisée par l'administration d'éthanol par voie veineuse (Curéthyl°). Cependant, le maintien (de façon parfois prolongée) d'une éthanolémie au moins égale à 1 g/l est souvent difficile à réaliser ; par ailleurs, cette intoxication éthylique volontaire n'est pas dénuée de risque, notamment chez l'enfant. De fait, l'antidote de choix est actuellement le 4-méthylpyrazole (Fomépizole°). En raison de l'efficacité habituelle de ce traitement, les indications de l'hémodialyse sont de plus en plus restreintes ; elles se limitent habituellement à la correction d'une insuffisance rénale ou d'une acidose métabolique non contrôlée par l'apport de bicarbonate. Toutefois, la constatation de signes majeurs de gravité (coma) associés à des taux sanguins d'EG ou de méthanol > 500 mg/l) justifie le recours à l'hémodialyse. Elle peut encore être envisagée face à une cinétique d'élimination anormalement prolongée, notamment pour le méthanol (vitesse de décroissance de la méthanolémie 200 mg/l (3,2 mmol/l) ou de méthanol > 200 mg/l (6,4 mmol/l), impose l'administration de fomépizole (a fortiori chez un patient ayant une éthanolémie

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