Question/Réponse : Exposition professionnelle aux styrènes chez la femme enceinte

Question J’assure le suivi médical de salariés qui réalisent le moulage de pièces de bateaux en résine polyester : ils sont donc exposés à des émanations de styrène. Quelle attitude faut-il avoir vis- à-vis des femmes enceintes ? Faut-il les soustraire du risque durant toute la grossesse ? Que risquent réellement les femmes enceintes exposées aux styrènes ? Réponse La mise en œuvre - fréquemment manuelle - des polyesters insaturés dans le secteur des bateaux de plaisance, en particulier lors des travaux de gel-coatage, expose effectivement les opérateurs au styrène, solvant monomère de ces résines. Le styrène se présente sous forme d’un liquide incolore, inflammable et très volatil : il s’agit d’un hydrocarbure aromatique, irritant pour la peau et les muqueuses, et neurotoxique. L’inhalation de fortes concentrations (plus de 200 ppm) au poste de travail se traduit par des signes ébrio-narcotiques (sensations d’ivresse, céphalées, nausées, vertiges, tendance à la somnolence), rapidement réversibles avec l’éviction ; ils s’accompagnent de picotements oculaires et rhinopharyngés, ainsi que d’une irritation trachéo-bronchique. A long terme, des perturbations cognitives, des troubles visuels infra-cliniques (perte de la discrimination chromatique dans l’axe bleu/jaune) et des signes discrets de neuropathie démyélinisante des membres inférieurs sont possibles ; le styrène potentialise également la toxicité auditive du bruit. Comme avec tous les solvants organiques, l’exposition de la femme enceinte au styrène pendant le premier trimestre de la grossesse est susceptible d’augmenter l’incidence des fausses couches, par un mécanisme qui n’est pas connu. Cet effet est dose-dépendant : les quelques études prospectives disponibles indiquent que cette augmentation concerne le sous-groupe des salariées fortement exposées, présentant des signes d’imprégnation. Les études animales mettent en évidence une augmentation des résorptions fœtales à forte dose, mais pas d’effet tératogène chez le rat et le lapin exposés au styrène par inhalation. Plusieurs études épidémiologiques conduites en Finlande chez des ouvrières de l’industrie des polyesters n’ont pas montré d’élévation des issues défavorables de la grossesse, et en particulier, des malformations. Une hypotrophie fœtale (poids de naissance moyen diminué de 4 % par rapport aux témoins) a cependant été observée chez des femmes exposées à un niveau moyen de 82 ppm pendant leur grossesse. En pratique, la décision d’éviction (mutation sur un poste non exposant) ou de maintien à son poste de la femme enceinte repose sur l’évaluation du niveau d’exposition : étude de poste avec métrologie ou mieux dosage biométrologique des métabolites urinaires du styrène. Si ces derniers sont élevés, ce qui est vraisemblable à ce type de poste, l’éviction de la femme enceinte s’impose, essentiellement en raison d’une majoration du risque de fausse couche.

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