Fiche technique : Les agressions animales (vipères exclues) durant l'été en France

Animaux marins Les animaux marins venimeux des zones européennes (Méditerranée et Atlantique) sont en général peu dangereux. Leurs aiguillons, leurs épines, leurs dents… sont reliés à des cellules glandulaires qui produisent un venin peu toxique sous nos latitudes, mais dont l'activité est conservée même chez un animal mort. Ils sont essentiellement responsables de signes locaux : plaie pouvant être accompagnée d'une réaction inflammatoire importante, douleur locale souvent intense, pouvant irradier dans la totalité du membre, parfois paresthésies. A l’exception de quelques particularités concernant les méduses, la prise en charge ne nécessite qu'une désinfection cutanée soigneuse et la prescription d'un antalgique. Les venins étant thermolabiles, l'idée de la dénaturation du venin par la chaleur est séduisante, mais elle n'est effective qu'au-delà de 50° et expose alors au risque de brûlure cutanée ; elle est donc à éviter. L'application d’une vessie de glace peut, quant à elle, avoir un intérêt antalgique. La réalisation d'un "choc thermique" (cigarette ou sèche-cheveux pendant 2 minutes, puis vessie de glace) au point de piqûre d'une vive, pourrait calmer plus rapidement la douleur. L'emploi d'un antibiotique n'est pas licite à titre préventif. L'administration de corticoïdes ou d'antihistaminiques par voie systémique semble peu ou non efficace. L'évolution de ces envenimations est spontanément favorable (en l'absence de surinfection secondaire). Le risque majeur, principalement lié à la panique ou à un malaise en relation avec la douleur, est celui d'une noyade notamment au cours des accidents survenant en plongée. Méduses et autres cnidaires (anémone de mer) Seules les cnidaires des régions tropicales et sub-tropicales peuvent exposer à un risque toxique létal. Les cnidaires de nos côtes sont essentiellement urticants, à l'origine de réactions locales généralement immédiates, mais parfois retardées. La particularité de la prise en charge de ces accidents est inhérente aux organes toxiques (nématocystes) de ces espèces. L'inactivation des nématocystes intacts, non déchargés, présents dans les tentacules adhérant à la peau est le premier objectif. L'utilisation de vinaigre (réputée efficace sur certaines méduses évoluant sur les côtes australiennes) est à proscrire pour les espèces vivant sous nos latitudes. La peau doit être lavée abondamment à l'eau de mer (l'eau douce, par action osmotique, provoque l'éclatement des nématocystes). Du sable sec peut être appliqué (sans frotter !) avant d'être délicatement retiré à l'aide du dos de la lame d'un couteau. Les nématocystes restent stables sur les filaments même isolés d'un animal mort ou desséché, et ils exposent les sauveteurs non avertis à des déboires inconfortables. Les tentacules détachés et dérivant dans l'eau, ou les larves des cnidaires peuvent être à l'origine d'éruptions cutanées chez les baigneurs. Raies Parmi les raies, seules celles qui sont dotées d'un ou plusieurs aiguillons (raies armées) sont à l'origine d'accidents. Les espèces hostiles de nos côtes (Méditerranée et Atlantique) sont la pastenague et l'aigle des mers. Poissons non agressifs, les accidents surviennent principalement lorsque l'on marche sur ces animaux, volontiers enfouis dans le sable ou la vase des eaux peu profondes. La queue du poisson se cambre alors et frappe au mollet. L'aiguillon dentelé, dit "babelé", permet le dépôt du venin dans une plaie volontiers dilacérée. Raie torpille (seul poisson électrique de nos régions) Non venimeuse, elle peut provoquer des décharges électriques désagréables ne s'accompagnant d'aucune complication cutanée, neuro-musculaire ou cardiaque. Rascasses Poissons de roche peu accessibles aux simples baigneurs, elles sont principalement à l'origine d'accidents professionnels (pêcheurs et poissonniers) au moment de la prise en main ou de la préparation du poisson. La blessure peut être large et frangée ; elle saigne volontiers. Vives Leurs piqûres sont relativement fréquentes sur les côtes méditerranéennes. Elles surviennent principalement chez les baigneurs qui posent le pied sur les épines dorsales des poissons enfouis dans le sable. La plaie est punctiforme. Animaux terrestres Araignées Les araignées sont ubiquitaires et leurs morsures fréquentes. L'espèce est rarement identifiée et la morsure est souvent suspectée sur des signes cliniques locaux non spécifiques. Le diagnostic différentiel avec d’autres agressions animales (punaises, scolopendres…) est rarement concluant. Trois espèces se doivent d'être mentionnées en raison de leur impact médical possible dans notre pays. Les veuves noires, principalement en Provence, où l'espèce concernée est la malmignatte (Lactrodectus tredecimguttatus) : araignée noire de 1 cm de diamètre avec 13 points rouges sur l'abdomen, les chiracanthes : araignées de 15 mm de long, de couleur brun-jaune avec des chélicères de couleur jaune à rouge, vivant principalement en milieu humide mais aussi dans les herbes sèches), et les ségestries florentines : araignées pouvant atteindre 25 mm, de couleur sombre avec des chélicères forts aux reflets verts caractéristiques ; elles sont les hôtes des vieux murs. Seule la malmignatte, de par son venin neurotoxique, peut occasionner une envenimation marquée par des signes systémiques notables. Le plus souvent, la morsure qui ne provoque pas ou très peu de réaction locale immédiate, passe inaperçue. La douleur s'installe progressivement au niveau local, puis se généralise à l'ensemble du corps sous forme de crampes et de contractures musculaires. Des troubles neurovégétatifs sont associés (hypersécrétion avec sueurs, salivation et vomissements ; troubles de la fréquence cardiaque avec bradycardie ou tachycardie ; parfois troubles psychiques avec hallucinations et confusion). Dans les 2 à 3 jours, une traînée de lymphangite partant de la morsure est fréquente. L'évolution est habituellement spontanément favorable, mais des douleurs ou des paresthésies peuvent persister plusieurs semaines. La ségestrie florentine et la chiracanthe, en raison de leur venin nécrosant, entraînent des réactions tissulaires locales (douleur aiguë, puis réaction inflammatoire locale ou locorégionale avec parfois une zone nécrotique du site de la morsureexceptionnellement associées à des symptômes généraux bénins à type de fébricule, frissons, malaise et vomissements. Chenilles processionnaires Les soies et spicules de la chenille pénètrent dans la peau par simple contact ; en se cassant, elles libèrent des toxines urticantes. Celles qui adhèrent à la peau (ou aux vêtements !) peuvent être éliminées par un rinçage à l’eau courante réalisé sans frotter pour éviter leur pénétration cutanée. L’application prudente d’une bande adhésive sur les zones affectées peut favoriser le retrait. Les antihistaminiques et les corticoïdes sont généralement efficaces pour traiter les lésions cutanées. Une contamination oculaire doit être adressée à un ophtalmologue pour retrait des spicules sous lampe à fente, bilan des lésions et traitement symptomatique. Hyménoptères (guêpes, abeilles, frelons, bourdons) La piqûre provoque une douleur aiguë et s’accompagne de la formation d’un œdème local, parfois extensif et volontiers prurigineux. Cet œdème peut être retardé de 1 à 3 jours et sa résolution, habituellement rapide, peut prendre plus d’une semaine. Les symptômes locaux sont bénins (à l’exception d’une localisation intra-buccale ou pharyngée) ; ils sont en relation avec les toxines pro-inflammatoires du venin. Leur prise en charge nécessite le retrait du dard, une désinfection cutanée et la prescription éventuelle d’un antalgique. L’application d’ammoniaque, d’oignons… est inefficace, de même que les prétendus extracteurs de venin. Il n'y a pas de risque toxique systémique en dehors des attaques massives (chez l’adulte, de 50 piqûres pour les frelons à plus d’une centaine pour les autres hyménoptères ; le risque serait accru chez l’enfant en raison d’un ratio venin/poids supérieur). Une envenimation systémique peut se manifester par une rhabdomyolyse, une hémolyse extra-vasculaire, une insuffisance rénale… Si l’absence de dangerosité accrue du venin de frelon asiatique semble admise, ses colonies regroupant de plus nombreux individus et son comportement plus agressif, sont des facteurs de risque de piqûres multiples (à l’exemple des abeilles-tueuses d’Afrique). Ces réactions toxiques doivent être différenciées des accidents d’hypersensibilité immédiate survenant à l’issue d’une seule piqûre chez un sujet préalablement sensibilisé. Ces accidents se manifestent, en quelques minutes à moins d’une heure) par une urticaire géante, un bronchospasme, un oedème de Quincke et/ou un choc anaphylactique. Ils sont responsables d'une quinzaine de décès répertoriés par an en France. Outre le traitement symptomatique de l'accident aigu (adrénaline), il faut insister sur l'utilité de la prescription d'un kit d'adrénaline prête à l'emploi, en cas d'antécédent allergique aux venins d'hyménoptères et de la désensibilisation spécifique. Scorpions Les piqûres de scorpions sont assez fréquentes dans le sud de la France. Les espèces endémiques (Eusorpius Flavicandis ou "scorpions noirs" ; Buthus occitanus ou "scorpions jaunes") sont peu dangereuses et leur piqûre, chez l'adulte comme chez l'enfant, ne nécessite généralement aucun traitement spécifique. Tiques Le risque n’est pas d’ordre toxique, mais celui de la transmission d'agents pathogènes dont les tiques peuvent être les vecteurs. La principale pathologie transmise par les tiques est la borréliose, ou maladie de Lyme, avec d’importantes disparités régionales (à l’exception du pourtour méditerranéen et des régions montagneuses dépassant 1200 m, l’ensemble du territoire est touché et notamment les régions du centre et de l'est). Il faut retirer la tique rapidement, car le risque de contamination est surtout présent après 24 heures de fixation. L’application préalable d’éther, de pétrole ou d’un autre produit chimique doit être proscrite, car elle favorise la régurgitation de la tique et donc la libération des agents pathogènes. A l’aide d’une pince spéciale vendue en pharmacie (ou à défaut d’une fine pince à épiler non coupante), il faut saisir la tique au plus près de la peau (sans lui comprimer l'abdomen !), puis la tirer doucement, mais fermement. Si une partie du rostre n’a pu être extirpée, le seul risque est la formation d’un granulome. Un antiseptique est ensuite appliqué. Aucune antibio-prophylaxie n’est formellement recommandée en France ; il faut inciter le patient à surveiller l’apparition d’un éventuel érythème cutané. L'érythème migrant, survenant de 3 à 30 jours après la morsure, doit conduire à évoquer le diagnostic de maladie de Lyme et nécessite de consulter pour une prise en charge adaptée (comportant habituellement la prescription de doxycycline ou amoxicilline).

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