Médicaments antivertigineux et allaitement

La possibilité de prescrire un médicament antivertigineux chez une femme qui allaite est une question régulière. La réponse ne peut malheureusement être apportée sur la base de données scientifiques rigoureuses. En effet, aucune des spécialités indiquées dans le traitement symptomatique des vertiges n’a fait l’objet d’études spécifiques quant à leur compatibilité avec l’allaitement. L’évaluation de leur passage dans le lait est donc théorique, basée sur les données de pharmacocinétique disponibles chez l’adulte, alors que la tolérance chez le nourrisson allaité ne peut qu’être extrapolée à partir des effets indésirables et toxiques décrits chez l’adulte traité. Parmi les antihistaminiques H1 anticholinergiques, classiquement utilisés comme antivertigineux, seule la méclozine (Agyrax®) possède, en France, cette indication. Son utilisation prolongée peut théoriquement exposer le nourrisson allaité à une sédation avec mauvaise prise de poids et à des troubles atropiniques. Pour la mère, il faut aussi prendre en compte une possible diminution de la lactation. La trimétazidine (Vastarel®) est un traitement symptomatique d’appoint des vertiges et des acouphènes. Après administration orale d’une dose de 20 mg de trimétazidine, la concentration plasmatique maximale est de l’ordre de 55 ng/mL. Ainsi, en faisant l’hypothèse que la trimétazidine passe dans le lait avec un rapport lait / plasma maternel égal à 1, un enfant allaité ingérerait une dose de 8 µg/kg/jour, ce qui est extrêmement faible et ne devrait pas entraîner d’effet indésirable. Le piracétam (Nootropyl®) est une molécule de petite taille (142 Da), qui passe aisément les barrières placentaire et hémato-encéphalique. On peut donc supposer un passage significatif dans le lait. Après administration d’une dose de 3,2 g, la concentration plasmatique maximale a été mesurée à 84 µg/mL. Ainsi, en cas d’équilibre entre les concentrations plasmatique et lactée, un enfant allaité recevrait en théorie 12,6 mg/kg/jour de piracétam, ce qui est environ 4 fois inférieur à la dose thérapeutique chez l’adulte (2,4 g/jour) rapportée au poids. Ce médicament expose à des risques modérés, digestifs et neurologiques centraux, qui peuvent facilement faire l’objet d’une surveillance du nourrisson. La N-acétylleucine (Tanganil®) est éliminée rapidement (demi-vie plasmatique : 1 heure) : une accumulation dans le lait est donc peu probable. On ne retrouve aucune donnée cinétique sur la bétahistine (Serc®), ni sur les différents principes actifs présents dans les spécialités à base d’extrait de Ginkgo biloba. L’utilisation de la spécialité homéopathique Abbé Chaupitre n°6, qui contient uniquement des dilutions infinitésimales et dont la tolérance n’est pas remise en question, peut être envisagée sans restriction pendant l’allaitement... En définitive, n'ayant pas réellement fait la preuve de leur efficacité, et du fait de l’absence de données concernant l’allaitement, les antivertigineux doivent être prescrits dans les seuls cas où la mère en aurait ressenti un bénéfice jugé "indéniable", en l’absence de traitement étiologique efficace. Ce cas de figure n’est sans doute pas très courant et la prescription reste une prescription de confort… Hormis la méclozine dont l’utilisation doit être limitée à des prises ponctuelles, les autres molécules ont un profil de tolérance a priori très satisfaisant exposant tout au plus à des troubles digestifs ou neurologiques centraux mineurs bien que des signalements d’éruption cutanée aient impliqué la N-acétyl-leucine. La préférence doit se porter sur les médicaments passant probablement peu dans le lait (trimétazidine, piracétam, N-acétyl-leucine), en privilégiant un traitement de courtes durées et en surveillant d’éventuels effets indésirables chez le nourrisson.

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