Les marqueurs biologiques du tabagisme

Plus de 2000 substances ont été identi-fiées dans la fumée de cigarette. Outre les composés toxiques bien connus que sont la nicotine, l'oxyde de carbone et les goudrons (mélange d'hydrocarbures polycycliques aromatiques, dont le 3,4-benzo[a]pyrène), l'aérosol inhalé par le fumeur contient également de l'acide cyanhydrique, des aldéhydes, des phénols, des amines aromatiques (toluidine, naphtylamine...), des métaux lourds (arsenic, cadmium, chrome, plomb...), des résidus de pesticides...

3 substances facilement dosables peuvent refléter le degré d'imprégnation tabagique et surtout, servir de marqueur pour vérifier objectivement l'arrêt du tabagisme, sachant que 20 à 25 % des allégations d'abstinence sont fausses.

Le monoxyde de carbone (CO)

Le CO sanguin est dosé par spectrophotométrie infra-rouge; prélèvement: 5 ml de sang veineux sur tube hépariné ou sur fluorure, transporté rapidement dans la glace. Le taux normal, variable selon l'environnement rural ou urbain du sujet, est ≤ 5-6 ml/l chez le non-fumeur; il peut atteindre 15-20 ml/l chez le gros fumeur. L'élévation du CO sanguin est non spécifique du tabagisme; elle peut résulter d'une exposition d'origine professionnelle (soudage, travail en fonderie, dans les garages et tunnels, inhalation de vapeurs de chlorure de méthylène...) ou domestique (cheminées et moyens de chauffage défectueux, utilisation de décolleuses thermiques pour papiers-peints, bricolage...). Même s'il existe une relation globalement linéaire entre le taux sanguin et le nombre de cigarettes fumées quotidiennement, le dosage du CO est une mesure relativement grossière, uniquement valable chez le fumeur inhalant, et en cas de tabagisme "régulièrement réparti" sur la journée (la demi-vie du CO est de 4 heures et le prélèvement sera effectué de préférence en fin de journée).

Les thiocyanates

L'acide cyanhydrique (HCN) contenu dans la fumée (30 à 200 µg/cigarette) est métabolisé par le foie en thiocyanates, éliminés dans les urines. Leur dosage, sanguin ou urinaire, est réalisé par méthode colorimétrique. L'élévation des thiocyanates est également non spécifique du tabagisme: elle peut résulter des apports alimentaires d'HCN (bière, amandes, moutarde, ail...) ou plus rarement d'une exposition professionnelle (galvanoplastie, bijouterie, inhalation de vapeurs de nitriles aliphatiques...) ou encore d'une exposition à des fumées d'incendie. Leur demi-vie d'environ 14 jours permet théoriquement de vérifier l'arrêt du tabac dans les semaines qui suivent. En fait, le dosage est peu contributif en raison d'importantes variations inter-individuelles et d'une mauvaise corrélation pour les faibles expositions ("petit" fumeur ou fumeur non-inhalant); il peut toutefois permettre un diagnostic de rechute. Enfin, il est parfois employé pour apprécier le tabagisme passif chez l'enfant. Chez le non-fumeur, les thiocyanates sanguins sont ≤ 50-60 µmol/l, les thiocyanates urinaires ≤ 2,5 mg/g de créatinine.

La cotinine

C'est le principal métabolite de la nicotine, dont la demi-vie est très brève. Contrairement au CO et aux thiocyanates, sa présence dans l'organisme est spécifique du tabagisme. Le dosage, sanguin, urinaire ou salivaire, est réalisé par méthode chromatographique. Chez le non-fumeur, le taux sanguin est ≤ 50-100 nmol/l. La demi-vie de la cotinine est de 15 heures et son taux est bien corrélé avec la consommation des 2 ou 3 jours précédents. Le dosage permet également de quantifier le tabagisme passif ainsi que l'exposition professionnelle à la nicotine des moissonneurs de tabac. Il est malheureusement onéreux et encore non disponible en routine.

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