Toxicité de la dioxine : mythe ou réalité ?

La dioxine (2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine ou 2,3,7,8-TCDD, dite dioxine de Seveso) figure parmi les toxiques les plus médiatisés auprès du grand public. Tout un chacun a en effet entendu parlé de cet accident survenu en juillet 1976 à Seveso dans le Nord de l'Italie: l'emballement d'une réaction de synthèse du trichlorophénol s'est traduit par la libération d'un nuage contenant de la dioxine, lequel s'est répandu sur un territoire d'environ 110 hectares. Cette pollution a joué le rôle de catalyseur, amenant industriels et pouvoirs publics à une réflexion concernant la prévention et la gestion d'une "catastrophe chimique" et a abouti à la publication par la CEE en juin 1982 de la fameuse directive dite "Seveso" sur les installations classées.

En France, la dioxine a également fait beaucoup parler d'elle lors des diverses "affaires" Pyralène° survenues ces dernières années. La 2,3,7,8-TCDD est en effet un produit de pyrolyse des polychlorobiphényles (PCB) utilisés comme fluides diélectriques (isolants) dans les transformateurs et condensateurs électriques. En cas d'incendie, des traces infimes de dioxine et de produits voisins (autres polychlorodibenzodioxines, polychlorodibenzofuranes, polychlorodiphénylènes) sont retrouvées dans les fumées et suies produites.

Mais qu'en est-il de la toxicité réelle de la dioxine ?

Chez l'animal

Expérimentalement, la 2,3,7,8-TCDD est extrêmement toxique: à des doses de l'ordre du µg/kg, elle est hépatotoxique, fortement immunosuppressive, cancérogène (tumeurs hépatiques et leucémies) et tératogène (fentes palatines, malformations rénales et cardiaques).

Chez l'Homme

Ces effets n'ont jamais été retrouvés dans l'espèce humaine, aussi bien lors des contaminations environnementales accidentelles que lors de l'exposition chronique professionnelle aux PCB, aux chlorophénols et à certains herbicides phythormones dont les dioxines sont des contaminants.

  • Les suivis réalisés au décours d'expositions aiguës accidentelles se sont attachés à dépister les atteintes mises en évidence chez l'animal; la seule manifestation clinique indiscutable observée est la chloracné. Celle-ci est une association de comédons et de kystes sébacés jaune-paille, accompagnés d'une odeur chlorée tenace, siégeant le plus souvent au visage, mais aussi sur les bras, le thorax, les organes génitaux externes... Une pigmentation gris-brun de la peau, des conjonctives et des ongles, ainsi qu'un gonflement des paupières peuvent compléter le tableau. Les lésions, d'intensité proportionnelle à la contamination, apparaissent parfois plusieurs mois après l'exposition et persistent plusieurs années. Les anti-acnéiques locaux sont constamment inefficaces, l'isotrétinoïne par voie générale (Roaccutane®) améliore volontiers la dermatose.
  • Concernant les effets à long terme, les études épidémiologiques n'ont pas mis en évidence de rôle cancérogène de la dioxine dans les cohortes exposées lors des contaminations accidentelles environnementales (Missouri en 1971, Seveso en 1976). D'autre part, il n'y a pas de surmortalité par cancer chez les travailleurs exposés aux PCB ou aux phythormones de synthèse. La dioxine figure dans le groupe 2B du CIRC (Centre International de Recherche contre le Cancer): "agent pouvant être cancérogène pour l'Homme". Aucun effet sur la descendance n'a été retrouvé lors du suivi des populations exposées à Seveso et dans les études épidémiologiques concernant la manipulation des herbicides phythormones en milieu rural. Enfin, des études épidémiologiques n'ont montré qu'une diminution modeste et inconstante des tests cutanés à des antigènes ubiquitaires, de signification inconnue.

Au total

La toxicité humaine de la dioxine a probablement été très surestimée au vu des résultats expérimentaux. L'apparente contradiction entre la forte toxicité chez l'animal (et en particulier les rongeurs) et la discrétion de la pathologie observée chez l'Homme s'explique vraisemblablement par une sensibilité d'espèce très différente. Il est probable également que les faibles concentrations impliquées lors des expositions humaines jouent un rôle.

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