Question/Réponse : toxine phalloïdienne : mécanisme d'action et traitement spécifique ?

Question  : Que sait on actuellement du mode d'action des toxines phalloïdiennes et où en est le traitement spécifique ?

Réponse  : L'amanite phalloïde, et les espèces fongiques également responsables de syndromes phalloïdiens (amanites vireuse et printanière, lépiote helveola, galerina...) contiennent des amatoxines, des phallotoxines et des virotoxines. Les amatoxines, et en particulier l'α-amanitine, principalement responsables des manifestations cliniques et biologiques, sont des octacyclopeptides pontés par un motif tryptathionine. La dose mortelle chez l'homme, estimée à 0,1 mg/kg, peut être contenue dans 1 seule amanite. Le mécanisme prédominant est une inhibition de la RNA-polymérase au niveau des cellules à niveau élevé de synthèse protéique, d'où diminution de la synthèse du RNA messager, baisse de l'incorporation des acides aminés, arrêt de la synthèse protéique et mort cellulaire. Cependant, d'autres mécanismes d'action sont suspectés: intervention de radicaux libres à l'origine d'une peroxydation des lipides membranaires (d'où l'essai de médicaments hépatoprotecteurs et antioxydants), mécanisme de type substratsuicide...

En réalité le mode d'action toxique précis des amatoxines est très mal connu et explique en grande partie l'absence de traitement à visée étiopathogénique efficace. La pénicillline G (40 millions U/j) inhiberait la fixation des amaniti-nes sur l'hépatocyte, la silymarine (Legalon® injectable: 50 mg/kg/j) leur pénétration intracellulaire. L'administration de N-acétylcystéine (neutralisation de radicaux libres), d'anti-oxydants (qui pourraient limiter la destruction des membranes cellulaires), de prostaglandines... est encore plus controversée.

En fait, la seule acquisition thérapeutique de ces dernières années est la transplantation hépatique qui représente, au prix d'une mortalité acceptable et d'un traitement immunosuppresseur prolongé, un progrès indiscutable en cas d'évolution fulminante de l'hépatite: toutes étiologies confondues, le taux de survie est de 81 % chez les greffés du foie, contre environ 10 % en l'absence de transplantation.

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