Question/Réponse : Le bisphénol A dans les biberons

Question : Mes filles de 2 et 4 ans ont été nourries avec du lait maternisé contenu dans des biberons en plastique transparent. Ces biberons ont fait récemment l’objet de polémiques dans les media et semblent même être interdits dans certains pays car ils libèreraient du bisphénol A, surtout lors de leur passage au four à micro-ondes. Quels sont les risques pour mes enfants, par ailleurs en parfaite santé ? Réponse Le bisphénol A (BPA) ou 2,2-bis(4-hydroxyphényle)propane est une substance chimique utilisée depuis plus de 50 ans comme monomère des résines polyépoxydiques et polycarbonates. Il se présente sous forme de cristaux blancs très peu hydrosolubles et non volatils (tension de vapeur : 5 mPa à 25°C). Le BPA est irritant pour la peau et les muqueuses, et sensibilisant expérimentalement. Sa toxicité aiguë est très faible, comme en témoigne la valeur de sa DL50 par voie orale chez le rat, supérieure à 4000 mg/kg. Il n’est pas mutagène sur test bactérien et s’est montré non cancérogène chez les rongeurs. Les études de tératogenèse sont également négatives : ainsi chez la souris, des doses toxiques pour la mère produisent une toxicité fœtale mais n’augmentent pas les malformations. Les doses sans effet sur le fœtus sont de 640 et 1250 mg/kg par jour chez le rat et la souris respectivement, ce qui est extrêmement élevé. Le BPA est doué d’une activité œstrogénique faible, s’exprimant à fortes doses, supérieures à 475 mg/kg : cela en fait ce qu’on appelle un perturbateur endocrinien. Il est pour cette raison classé par l’Union européenne dans la catégorie 3 des substances reprotoxiques : « substances préoccupantes pour la fertilité dans l’espèce humaine ». Aucune intoxication systémique, aiguë et/ou chronique, par le bisphénol A n’a été décrite chez l’homme. Chez les travailleurs qui y sont exposés, essentiellement dans l’industrie chimique et en plasturgie, le BPA est responsable d’eczémas de contact allergiques ; aucun retentissement sur la fertilité des ouvriers exposés n’a été signalé mais il est vrai qu’il n’a pas été spécifiquement recherché. La population générale est exposée par l’alimentation à des traces de BPA, provenant pour l’essentiel de sa migration à partir des emballages plastiques, notamment le vernissage intérieur des cannettes et boîtes de conserve métalliques. Après ingestion, le composé est éliminé principalement dans les urines sous forme conjuguée à l’acide glucuronique ; la demi-vie d’élimination est inférieure à 6 heures. De nombreuses études ont confirmé la présence du BPA dans l’organisme : le composé est ainsi retrouvé dans les urines de plus de 92 % de la population américaine. On peut le retrouver aussi dans le lait maternel : une étude japonaise récente portant sur 101 parturientes met en évidence une concentration moyenne dans le colostrum de 3,4 µg/l. Néanmoins à ce jour, rien n’indique que l’apport alimentaire en BPA - de l’ordre de 1 µg/kg par jour - présente un quelconque risque sanitaire. Pour les nourrissons, ce sont effectivement les biberons en polycarbonate qui représentent la source majoritaire de bisphénol A, le chauffage accentuant son relargage. En octobre 2008, le Canada a annoncé l’interdiction en 2009 de l’importation et de la vente des biberons en polycarbonate contenant du BPA, ainsi que la publicité sur ces produits. Cette décision relève d’une mesure de précaution extrêmement prudente puisque le communiqué du ministère de la santé canadien précise dans le même temps que les doses reçues par le biais de l’alimentation au biberon sont inférieures aux doses dangereuses, elles-mêmes déterminées avec de très larges coefficients de sécurité… En effet, plusieurs évaluations de risque ont été effectuées par des organismes publics. En janvier 2007, l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) avait relevé la dose journalière acceptable (DJA) en BPA de 0,01 à 0,05 mg/kg pour prendre en compte les dernières données disponibles. En août 2008, la Food & Drug Administration (FDA) américaine avait conclu que la présence de BPA dans les emballages en plastique en contact avec des produits alimentaires ne représentait pas un danger, compte tenu des niveaux de dose rencontrés, y compris pour les nourrissons. En ce qui concerne vos enfants, aucune inquiétude particulière n’apparaît donc justifiée.

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