Syndrome neurologique en relation avec l'ingestion de morilles

Durant le printemps 2006, le CAPTV d’Angers a enregistré à deux reprises, des cas rapportant des troubles neurologiques dans les suites d'une consommation de morilles. Dans le même temps, le CAPTV de Lyon notait deux autres cas. Deux articles parus dans des revues mycologiques allemande (1962) et espagnole (2003) rapportaient plusieurs observations semblables. Lors du congrès européens des centres antipoison (EAPCCT) de 2007, l’équipe du CAP de Munich rapportait six autres cas. Une étude rétrospective, conduite sur la période 1975-2007 par l’interrogation des bases de données des centres antipoison et centres de toxicovigilance, a permis de sélectionner des dossiers d’intoxication par morille et de décrire ce syndrome. L’analyse a porté sur les dossiers, avec symptômes, de patients ayant consommé des morilles, dont l’imputabilité était évaluée comme au moins « possible ». L’interrogation a permis de sélectionner 197 dossiers (286 intoxiqués). Dans 80 dossiers (129 intoxiqués), un syndrome neurologique était présent (40% des intoxications). Les autres dossiers étaient constitués d’un syndrome digestif isolé (délai médian de survenue : 5 heures). Le syndrome neurologique a pu être défini cliniquement par l’apparition, après un délai médian, de 12 heures, de tremblements (53%), vertiges ou ébriété (53%) et troubles de l’équilibre ou ataxie (21%), plus ou moins intriqués, associés ou non à des troubles digestifs. Des troubles oculaires très polymorphes étaient présents dans 34 cas. Ce syndrome était spontanément résolutif en 12 heures environ. A l'exception de 2 dossiers impliquant un morillon, aucune ambiguïté sur l'identification de l'espèce n'a pu être suspectée (notamment pas de confusion, évoquée ou confirmée, avec une gyromitre). Il s’agissait d’une espèce fraîchement ramassée dans la quasi-totalité des cas (93,2%) pour lesquels l'information était précisée. Le risque n'a pu être rattaché à un défaut de cuisson (lorsque le degré de cuisson était précisé, son insuffisance n'était relevée que dans 46% des cas et une cuisson prolongée a été soulignée dans 16 dossiers). Bien que l'ingestion d’une grande quantité de morilles (plus d’une assiette ou plusieurs repas consécutifs) n'ait été précisée que dans 35,9% des cas ayant présenté des troubles neurologiques, il semble que ce soit un facteur de risque ; cette "surconsommation" n'étant rapportée que dans 5,8% des cas ayant présenté un syndrome digestif isolé (p=0.001). Le mécanisme impliqué reste inconnu. L'hypothèse de la présence d'une toxine pas (ou peu) thermolabile comme celle d'une contamination extrinsèque par un microorganisme ou un xénobiotique reste à démontrer. Dans l’attente de disposer de plus d’informations sur les déterminants de cette intoxication (une enquête complémentaire est en cours et la recherche d'une éventuelle toxine se doit d'être réalisée), le grand public (tout comme le clinicien) doit d’ores et déjà être informé de l’existence de ce risque récemment identifié, notamment lors de la consommation d’une grande quantité de morilles. Il convient de rappeler aux ramasseurs de champignons les précautions à prendre lors de toute cueillette (espèce bien identifiée, en bon état propre à la consommation ; pas de transport dans un sac plastique) et de préparation (qualité de la conservation, cuisson suffisante d'au moins 20 minutes).

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