Dysgueusie après ingestion de pignons de pin

Cinq cas de dysgueusie suite à l'ingestion de pignons de pin ont été rapportés au CAPTV de Lyon entre la fin de l'année 2008 et le début de 2009. Les symptômes se manifestant 1 à 2 jours après l'ingestion, sont décrits comme un goût amer et métallique qui apparaît ou réapparaît à l'ingestion d'un aliment quelconque. Cette dysgueusie retardée persiste pendant 4 à 7 jours. Dans tous les cas, il s'agissait de graines achetées en grande surface et provenant de Chine. Le pignon de pin est la graine comestible à coquille dure, produite par le cône femelle du pin, communément appelée "pomme de pin". En Europe, deux espèces de pin produisent des graines comestibles crues comme cuites : le pin parasol (Pinus pinea), typique du pourtour méditerranéen; et le pin cembro ou pin des Alpes (Pinus cembra), caractéristique des Alpes et des Carpates. Les graines du pin d'Alep sont utilisées dans certaines recettes orientales où elles sont pilées et cuites. Certaines espèces de pin asiatique produisent aussi des graines comestibles et sont distribuées en France dans le circuit de la grande distribution. Dans la littérature, les seuls cas d'intoxication aux pignons de pin sont mentionnés dans un résumé du 38ème congrès de la Société de Toxicologie Clinique (2001). Un médecin du CAP de Bruxelles a rapporté deux épisodes de dysgueusie après ingestion de pignons de pin chez un collègue anesthésiste. Lors du premier épisode, les symptômes ont commencé 48 heures après l'ingestion et ont duré pendant quelques jours. La relation avec l'ingestion n'a été faite que lors d'un repas ultérieur partagé avec d'autres convives ayant tous présenté une sensation de goût amer 48 heures plus tard. Lors d'une analyse, les graines en question ont été jugées impropres à la consommation car oxydées, mais elles ne présentaient pas de contamination fongique. Six cas similaires ont été rapportés dans les mois suivants concernant des graines importées de Chine d'espèce non identifiée. La recherche de métaux lourds et de pesticides était négative. Une analyse chromatographique effectuée sur deux échantillons responsables de la dysgueusie a permis l'identification de triglycérides constitués par des acides gras insaturés en C16-18 dont le rôle dans l'intoxication reste hypothétique. L'origine chinoise des graines reste à présent le seul élément commun aux cas récemment rapportés. L'hypothèse d'une confusion possible avec des graines de pin d'une autre origine que celles habituellement récoltées est soulevée. Une enquête nationale de toxicovigilance est en cours.

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