Intoxication aigüe par l'if

L’if à baies (Taxus Baccata), présent dans toute l’Europe, n’est pas à proprement parler un conifère bien que son aspect en soit semblable (feuilles en aiguille, persistantes). Il est fréquemment planté dans les parcs et jardins, notamment en haies. La baie est facilement reconnaissable avec son arille rouge entourant, en manchon, une graine noire visible au sommet. Toutes les parties de la plante sont toxiques en dehors de l’arille. La toxicité de l’if est liée à la présence de nombreux alcaloïdes ou taxoïdes (notamment taxines A et B). Elles sont présentes dans toutes les parties de la plante, à l’exception de l’arille qui en est dépourvue. Le principal mécanisme d’action à l’origine des troubles pouvant conduire aux décès, serait le blocage cellulaire des canaux calciques et sodiques comparable à l’effet des molécules anti-arythmiques de classe 1. Les conséquences en sont principalement des troubles cardiaques avec ralentissement de la conduction à l’origine de troubles du rythme (bradycardie, tachycardie et fibrillation ventriculaires) et une altération de la contractilité avec choc cardiogénique ; des troubles neurologiques (vertiges, tremblements, convulsions) sont plus exceptionnels. Certains taxines pourraient exercer, par ailleurs, une action de type morphinomimétique avec possibilité de dépression respiratoire et de coma. Si la consommation de baies est fréquente chez les jeunes enfants, les conséquences en sont généralement bénignes car le tégument externe de la graine n’est pas altéré par le passage dans le tube digestif et l’arille est non toxique. Seules les graines mâchouillées, libérant alors une amertume peu incitative, pourraient exposer à un risque toxique. A l’opposé, les intoxications chez l’adulte, principalement par ingestion volontaire à visée suicidaire de rameaux de feuilles, sont redoutables. La dose létale orale minimale estimée est comprise entre 0,6 et 1,3 g de feuilles/kg (1g contenant 5 mg de taxine) soit de 50 à100 g de feuilles. Dans environ la moitié des cas publiés, le décès a été enregistré avant toute prise en charge. Lorsque le patient est pris en charge précocement, les troubles digestifs sont constants et l’hospitalisation en réanimation pour surveillance cardio-vasculaire et traitement symptomatique doit être immédiate. Le traitement symptomatique, outre l’assistance respiratoire en cas de troubles neurologiques associés à un coma, consiste en l’administration de lactate de sodium molaire (en fonction de l’importance de l’élargissement du QRS) avec recours aux amines pressives en cas de défaillance hémodynamique. Un cas récent de choc cardiogénique réfractaire à ce traitement a bénéficié avec succès d’une assistance circulatoire extracorporelle débutée à H+9 et poursuivie pendant 50 heures. Malgré l’existence de vomissements précoce chez ce patient, une fibroscopie réalisée à J+2, a mise en évidence la persistance de débris végétaux ayant motivé la réalisation d’un lavage gastrique tardif. Un cas publié a fait état d’une évolution favorable des troubles cardiaques après administration d’anticorps antidigitaliques chez une patiente pour laquelle l’anamnèse n’a rapporté qu’une consommation d’if. Cependant chez cette patiente, le dosage des digitaliques s’est avéré positif. Bien que la probabilité d’une détection croisée entre la taxine cardiotoxique et les hétérosides digitaliques soit peu vraisemblable, cette recherche a été effectuée pour les 2 derniers cas rapportés au CAP de Lyon. Malgré l’existence de troubles majeurs de la conduction chez ces 2 patients, le dosage des digitaliques est resté négatif. Le recours aux anticorps antidigitaliques n’apparaît donc en aucun justifié dans les intoxications par l’if, contrairement à d’autres intoxications végétales graves, comme celles par le laurier-rose.

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