Question/Réponse : Anomalies du spermogramme chez un agriculteur

Question Un ouvrier agricole de 29 ans présente, depuis 2004, une stérilité primaire. Le spermogramme montre une nette diminution du volume de l’éjaculat (0,9 et 1,3 ml après 3 jours d’abstinence), une numération des spermatozoïdes subnormale, mais une diminution de la mobilité et une forte prévalence des formes anormales. Depuis 1999, il est amené à pulvériser divers produits phytosanitaires dans des serres potagères. Les applications se font avec des vêtements couvrants imperméables, des gants, des bottes, des lunettes et le port d’un masque respiratoire à cartouche. Ce patient n’a jamais présenté de signes d’intolérance ni d’intoxication. Jusqu’en 2007, l’exposition se limitait à 4 heures de traitement par mois, trois mois par an. Depuis 2008, les pulvérisations s’étalent sur toute l’année. Les phytosanitaires peuvent-ils être en cause ? Réponse Les substances actives utilisées comprend des insecticides, des herbicides et des fongicides appartenant à de nombreuses familles chimiques de phytosanitaires : organophosphorés, carbamates anticholinestérasiques, pyréthrinoïdes de synthèse, nicotiniques, avermectines, aminophosphonates, urées, dicarboximides, carbamates, dithiocarbamates, sels de cuivre, chlorothalonil, strobilurines, métaldéhyde… Expérimentalement, la très grande majorité de ces matières actives n’a pas induit d’atteinte testiculaire lors des études de toxicité chronique par administration réitérée. A forte dose, quelques organophosphorés (OP) perturbent la spermatogenèse chez les rongeurs : atteinte des tubes séminifères et des cellules de Sertoli, hypertrophie des cellules de Leydig. Certains fongicides carbamates ont aussi une toxicité sur le testicule : de très fortes doses produisent une azoospermie, une dégénérescence des tubes séminifères et une atrophie secondaires à une occlusion des canaux déférents. Ce n’est pas le cas de ceux impliqués ici. A l’exception des OP, aucune publication ne fait état d’oligoasthénospermie chez les travailleurs exposés à ces différentes substances, dans l’industrie de production comme en milieu agricole. Les études ayant examiné la fertilité des agriculteurs exposés aux phytosanitaires sont peu nombreuses et leurs résultats contradictoires. Ainsi, la qualité du sperme s’est avérée identique chez des cultivateurs danois « bio » et des agriculteurs conventionnels. A contrario, une relation inverse entre le nombre de spermatozoïdes et l’intensité et/ou la durée de l’exposition aux pesticides a été relevée, toujours au Danemark, chez 122 agriculteurs sous serre. Une augmentation significative du délai à concevoir a été mise en évidence en arboriculture aux Pays-Bas et en culture sous serres en Italie. A l’inverse, l’exposition paternelle s’est montrée sans effet sur le délai à concevoir du couple parmi diverses catégories d’agriculteurs danois (grandes cultures, cultures sous serre) et alsaciens (viticulture). Des études portant sur des salariés guadeloupéens du secteur bananier (plantations où un nombre restreint d’insecticides OP constitue les principales matières actives utilisées) n’ont pas montré d’atteinte significative de leur fertilité, malgré des conditions d’application très défavorables. En ce qui concerne ce patient, les troubles du spermogramme sont sans rapport avec son exposition professionnelle aux produits phytosanitaires : la stérilité a été diagnostiquée en 2004 (le déficit spermatique était, lui, antérieur) et les applications ont été excessivement ponctuelles (4 heures 3 fois dans l’année) jusqu’en 2007. Elles ont de surcroît été réalisées dans des conditions conduisant à une absorption systémique infime, qui ne peut en aucun cas rendre compte d’une toxicité chronique sur le testicule, elle-même responsable de stérilité.

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