Antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et anomalies du sperme

L'infertilité masculine représente 30 à 50% des causes d'infertilité d'un couple. Parmi les causes possibles, le rôle de certains médicaments a été évoqué. Récemment, on a suggéré que les IRS pouvaient être associés à des anomalies du sperme et ainsi représenter un facteur de risque d'infertilité masculine. Cette question est importante en raison de l'utilisation très large de ces médicaments et de leurs effets indésirables sexuels déjà identifiés (troubles de l'érection et de l'éjaculation, modifications de la libido…). Comme souvent, le signal a émergé de la publication d'observations cliniques isolées. Ainsi, chez deux patients consultant pour une infertilité et n'ayant pas de facteur de risque connu ou d'anomalies morphologiques ou endocriniennes, on a retrouvé une relation temporelle étroite entre une altération de la mobilité et de la concentration des spermatozoïdes et un traitement par IRS, ces altérations du spermogramme étant réversibles à l'arrêt de l'antidépresseur et se reproduisant lors de la reprise d'un médicament apparenté. L'un des patients présentait par ailleurs des altérations importantes de l'ADN spermatique. Deux équipes ont ensuite indépendamment renforcé ces observations. La première étude, prospective, visait à évaluer les effets de la paroxétine (10 à 30 mg/j pendant 5 semaines) sur différents paramètres du sperme chez 35 volontaires sains âgés de 18 à 65 ans. L’évaluation était réalisée avant le traitement, à la 2ème et la 4ème semaine du traitement, puis 1 mois après son arrêt. Alors que les paramètres habituels du spermogramme n'étaient pas modifiés, l'indice de fragmentation de l'ADN était significativement plus élevé sous traitement par rapport aux valeurs de base (30,3% contre 13,8%). Ainsi, 50% des patients avaient un indice ≥ 30% après 4 semaines de traitement, avec un risque de fragmentation anormale de l'ADN 9 fois plus élevé au cours du traitement. Une analyse multivariée prenant en compte l'âge et l'indice de masse corporelle confirmait que le traitement par paroxétine était corrélé de manière significative à l'augmentation de cet indice. Il est habituellement admis qu'un indice > 30% traduit une altération importante de l'ADN spermatique et est associé à un risque d'échec de la reproduction. La seconde étude était transversale et visait à comparer le spermogramme et l'indice de fragmentation de l'ADN spermatique de 74 patients de moins de 50 ans, ayant déjà eu un enfant, et prenant un IRS depuis au moins 6 mois pour dépression, à ceux de 44 témoins sains. Les altérations du spermogramme (diminution du nombre de spermatozoïdes, de leur mobilité et de la proportion de formes normales) étaient significativement plus fréquentes ainsi qu'une augmentation du taux d'ADN fragmenté (43% contre 21%) chez les patients traités, sans corrélation entre anomalies du spermogramme et altérations de l'ADN. Les auteurs soulignaient que ces effets étaient d'autant plus marqués que les patients étaient plus longuement exposés aux IRS. Cette étude suggère enfin qu'il s'agit d'un effet de classe puisque différents IRS étaient concernés, mais elle ne permet pas de différencier ce qui revient à la pathologie traitée et au traitement antidépresseur. Le mécanisme de ces altérations est incertain. Les données expérimentales montrent qu’un effet direct des IRS sur l'ADN n’est pas en cause. Ces altérations pourraient être la conséquence d'un ralentissement d'un transport du sperme et donc d'une augmentation des phénomènes d'apoptose, secondaires aux troubles sexuels induits par ces antidépresseurs, notamment le retard à l'éjaculation, comme on peut l'observer chez les patients ayant des lésions médullaires. Il faut souligner qu'aucun des paramètres testés dans ces études n’est totalement prédictif de la fertilité masculine et qu’il n’est pas démontré à ce jour que ces modifications aient un impact clinique négatif sur la fertilité masculine. Cependant, ces anomalies doivent être prises en compte et justifient la recherche d'un traitement par IRS chez les patients consultant pour infertilité, et ce d'autant qu'elles apparaissent réversibles à l'arrêt du traitement.

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