Les colites microscopiques d’origine médicamenteuse

Madame J., 82 ans présente des diarrhées chroniques depuis plusieurs mois, associées à des douleurs abdominales diffuses. Les coprocultures sont négatives. La coloscopie ne retrouve pas d'anomalie macroscopique mais les biopsies systématiques sont évocatrices d'une colite collagène. Le service de soins nous interroge sur une possible cause médicamenteuse dans la survenue de cette colite. La colite collagène appartient, avec les colites lymphocytaires, au groupe des colites microscopiques. Elles sont caractérisées cliniquement par l'existence d’une diarrhée hydrique chronique non sanglante, sans anomalie coloscopique, pouvant débuter de façon soudaine et évoluer par poussées. Des douleurs abdominales peuvent s'y associer. Le diagnostic repose sur l'histologie des biopsies coliques étagées qui montrent une infiltration lympho-plasmocytaire dans les colites lymphocytaires ou un épaississement sous-épithélial de collagène dans les colites collagènes. L'atteinte peut s’étendre tout le long du colon ou se limiter au côté droit. Des tableaux mixtes associant les deux types de lésion ont été décrits. Les colites microscopiques ont été identifiées à la fin des années 1970 et sont depuis de plus en plus fréquemment diagnostiquées. Elles pourraient représenter 10 à 20% des causes de diarrhées aqueuses chroniques. La maladie peut survenir à tout âge, y compris chez les enfants, mais la prévalence est plus importante chez les femmes entre 50 et 65 ans Il existe par ailleurs une association forte entre ces pathologies et certaines maladies auto-immunes (thyroïdite, maladie cœliaque, polyarthrite rhumatoïde), une telle association étant retrouvée chez 40 à 50% des patients. Les complications sont rares et directement liées aux conséquences de la diarrhée (anomalies hydro-électrolytiques et métaboliques avec hypokaliémie, déshydratation, perte de poids, fatigue, carence vitaminique) auquel il faut ajouter un retentissement psychologique non négligeable. Ces complications sont également liées à un retard du diagnostic particulièrement fréquent dans les colites microscopique, ce diagnostic n’étant généralement posé qu’après plusieurs mois ou années d’évolution. La connaissance de cet effet indésirable et des principaux médicaments responsables est donc importante afin d’en envisager une identification plus précoce. L'origine des colites microscopiques reste encore obscure ; elle est probablement multifactorielle. Elles pourraient être la conséquence d'une réaction anormale du système immunitaire en réponse à un "agent" encore inconnu chez des patients prédisposés. Parmi ces "agents", les médicaments sont évoqués chez 10% environ des patients. Les médicaments suspectés actuellement avec le plus fort niveau de preuve sont les inhibiteurs de la pompe à proton (IPP), et plus particulièrement le lansoprazole, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les phlébotoniques contenant des flavonoïdes tels que le Cyclo 3® ou le Cirkan®, les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et la ticlopidine. Dans plusieurs cas publiés, une récidive des troubles est notée lors de la réintroduction de la molécule. A la différence des colites microscopiques idiopathiques dont la prise charge repose le plus souvent sur un traitement par corticoïdes locaux (budésonide), seul l'arrêt du médicament suspect permet une régression spontanée, rapide et souvent spectaculaire de la maladie dans le cas des colites microscopiques médicamenteuses. Dans quelques cas, on observe une rémission partielle après l'arrêt du médicament suspect, ce qui suggère l'existence d'une pathologie déclenchée ou aggravée par le médicament et évoluant ensuite pour son propre compte. Dans le cas de cette patiente, son traitement habituel instauré depuis plusieurs mois comportait Kredex®, Triatec®, oméprazole, furosémide, bromazépam, macrogol, Laroxyl® et Lamaline®. Au vu des données bibliographiques, nous avons conseillé l’arrêt de l’oméprazole. Les diarrhées et les douleurs abdominales ont cessé dans la semaine suivant l’arrêt permettant une reprise de poids rapide chez cette patiente âgée.

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