Fiche technique : Toxicité des baies

Les plantes à baies ou à fruits bacciformes sont nombreuses dans nos régions. Il peut s’agir de plantes sauvages ou cultivées pour leur qualité ornementale. Les répertorier de manière exhaustive est impossible, sous peine d’oubli ou de proposer un catalogue « indigeste ». Si plus d’une centaine de baies sont réputées toxiques en France, certaines sont non comestibles en raison de leur absence d’intérêt organoleptique mais sont dépourvues de toxicité (alkékenge, argousier, cognassier du japon, jujubier, sorbier…). Parmi les baies jugées toxiques, nous passerons en revue, les baies les plus fréquemment rencontrées dans notre région qui engendrent de nombreux appels au centre antipoison. Les circonstances d’exposition sont le plus souvent accidentelles chez l’enfant, plus rarement volontaires dans le cadre d'une tentative de suicide ou secondaires à une confusion avec des baies comestibles.

1. Les baies faiblement toxiques

Elles peuvent occasionner, à partir d’une dizaine de baies ingérées, des troubles digestifs bénins, sans autre symptomatologie associée.

L’Aucuba japonica est un arbrisseau dont la fructification est hivernale. Les fruits contiennent un hétéroside amer. En dehors de troubles digestifs de faible intensité, l’ingestion est sans gravité.

Le laurier-cerise , Prunus Laurocerasus, appartient au genre Prunus (famille des Rosaceae) dont beaucoup sont cultivés pour leurs fruits (abricotier, amandier, cerisier, pêcher, prunier) ou pour leur valeur ornementale (cerisier du Japon, cerisier de Virginie, laurier-cerise...). Les Prunus élaborent des hétérosides cyanogéniques hydrolysés en acide cyanhydrique. Ces substances sont présentes en très faible quantité dans l’amande du noyau mais pas dans la pulpe des fruits. Il n’existe donc pas de risque notable d’intoxication lors de l’ingestion de quelques baies chez des enfants car la graine très dure est soit recrachée, soit avalée sans être mastiquée empêchant la libération des hétérosides cyanogéniques.

Le Cotonéaster (aspect couvrant du sol pour certains ou arbustes-haies pour d’autres), très fréquemment cultivé dans nos jardins, parce que ses baies rouge vif sont très décoratives, et le Pyracantha (buisson ardent), arbuste épineux souvent érigé sous forme de haies aux baies rouges, oranges ou jaunes, sont à l’origine de très nombreux appels, de août/septembre à décembre/février. Malgré leur appartenance à la famille des Rosaceae, exposant à la présence d’hétérosides cyanogéniques, ils ne sont responsables que de troubles digestifs mineurs.

Le mahonia , Mahonia aquifolium, dénommé communément « faux-houx », produit des baies de couleur bleu foncé et d’aspect dépoli. Elles n’ont pas de toxicité particulière et l’ingestion d’une dizaine de baies n’induit que des troubles digestifs.

Le pommier d’amour , Solanum pseudocapsicum, est un arbuste fréquemment rencontré à l’intérieur des maisons. En effet, en hiver, il produit des fruits globuleux rouges ou orangés. Ils contiennent un alcaloïde : la solanocapsine, reputée bradycardisante. Cependant la très faible absorption digestive de cet alcaloïde n’expose à aucun risque cardio-vasculaire. L’ingestion de plusieurs baies, chez l’enfant, entraîne tout au plus des troubles digestifs.

Le sureau noir , Sambucus nigra, est un arbuste très commun. Les fruits cuits sont considérés comestibles. En revanche l’ingestion de fruits crus peut occasionner des troubles digestifs liés à la présence de sambunigroside, hétéroside cyanogénique présent en trop faible quantité pour exposer à un quelconque risque d’intoxication cyanhydrique dans des circonstances accidentelles.

Les chèvrefeuilles , genre Lonicera, sont représentés par une dizaine d’espèces : chèvrefeuille des bois, des jardins, camérisier… Malgré leur mauvaise réputation, l’ingestion d’une dizaine de baies n’entraîne que des troubles digestifs de faible intensité.

2. Les baies à toxicité locale digestive intense

L’arum tacheté , Arum maculatum, possèdent des baies rouges, attirantes, regroupées à l’extrémité d’une tige isolée. En raison de la présence d’oxalate, elles sont fortement irritantes pour la muqueuse buccale et digestive et sont responsables, dès l’ingestion, de douleurs buccales d’apparition rapide ce qui limite l’ingestion. Le nettoyage soigneux à l’eau de la cavité buccale permet l’atténuation des symptômes. Des diarrhées et des vomissements sont également possibles.

La vigne vierge , Parthenocissus quinquefolia ou Ampelopsis est une plante ligneuse. La présence d’oxalate est responsable d’une irritation buccale et de troubles digestifs. À très forte dose, la toxicité systémique des oxalates avec tubulopathie rénale est théoriquement possible mais leur faible absorption digestive la rend très improbable et n’a jamais été rapportée au cours des intoxications accidentelles de l’enfant.

Le phytolaque , Phytolacca americana contient des saponosides. La toxicité est principalement digestive (irritation buccale, douleurs digestives, nausées, vomissements, diarrhées). Les troubles peuvent être intenses et entraîner une déshydratation ; il n’y a pas de corrélation entre la quantité ingérée et l’intensité du syndrome digestif. Les fruits mûrs ou cuits seraient moins toxiques.

3. Les baies à toxicité extra-digestive modérée

Le gui , Viscum album, contient de la choline, des triterpènes, de la viscotoxine et de la viscine. L’ingestion de quelques baies est responsable de troubles digestifs. Dans quelques cas, une agitation, une asthénie et une sensation de soif intense ont été rapportées. Le risque de paralysie sensitivo-motrice et de troubles cardio-vasculaires (bradycardie, hypotension, collapsus) n’apparaîtrait qu’au-delà d’une dizaine de baies, mais le caractère visqueux de la pulpe du fruit, peu appétant, rend improbable sa consommation en grande quantité.

Le houx , Ilex aquifolium, est facilement reconnaissable. Les fruits sont rouge vermillon. Une toxicité digestive est décrite (vomissements, diarrhées), lors de la consommation d’environ cinq fruits. Des troubles neurologiques pourraient survenir lors de l’ingestion de vingt à trente baies ce qui est fortement improbable chez des enfants en bas âge, sauf dans le cas particulier d’un enfant présentant des troubles du comportement, le rendant susceptible de consommer une quantité importante de baies.

Le lierre , Hedera hélix, est une plante ligneuse lianescente, à feuilles coriaces vert foncé. Les fruits sont des petites baies sphériques noires. La plante contient des saponosides et une polyine irritante. L’ingestion de quelques baies provoque des troubles digestifs (vomissements, diarrhées…). Des troubles neurologiques ont été rarement décrits et uniquement pour des quantités importantes.

Le muguet , Convallaria majalis, est une herbacée commune en France. Toutes les parties de la plante renferment de faible quantité d’hétérosides cardiotoxiques, pratiquement absents de la pulpe du fruit. L’ingestion de plusieurs fruits peut induire des troubles digestifs. La toxicité cardiaque (bradycardie, troubles de l’excitabilité) reste théorique.

4. Les baies à toxicité systémique extra-digestive

L’if , Taxus baccata, est fréquemment planté dans les parcs et jardins, notamment en haies. La baie est facilement reconnaissable avec son arille rouge entourant, en manchon, une graine noire visible au sommet. Toutes les parties de la plante sont toxiques en dehors de l’arille. La toxicité de l’if est liée à la présence de nombreux alcaloïdes cardiotoxiques (notamment taxines A et B). Si la consommation de baies est fréquente chez les jeunes enfants, les conséquences sont généralement bénignes. Le tégument externe de la graine n’est pas altéré par le passage dans le tube digestif. Seules les graines mâchées pourraient exposer à un risque toxique mais l’amertume intense et immédiate limite ce risque. A l’opposé, les intoxications volontaires chez l’adulte, dans un but suicidaire sont responsables d’intoxication sévère (cf VIGItox n°41).

La belladone , Atropa belladonna est une plante herbacée peu commune, disséminée dans les clairières des forêts. Les baies, isolées ou groupées par 2, sont d’un noir brillant entourées, à la base, par un calice persistant et très développé. Elle contient des alcaloïdes anticholinergiques (hyoscyamine principalement, atropine et peu de scopolamine). L’ingestion de baies induit une intoxication atropinique avec sécheresse buccale et cutanée, tachycardie sinusale, mydriase, rétention urinaire, agitation, délire et parfois encéphalopathie avec hyperthermie et risque de convulsions chez l’enfant. La gravité dépend de la quantité ingérée et de l’âge. L’ingestion de trois à cinq baies chez l’enfant et dix à quinze baies chez l’adulte peut entraîner une intoxication grave, imposant une hospitalisation immédiate. Le traitement comporte une réhydratation associée à une sédation par benzodiazépines, si nécessaire. L’emploi d’antagonistes de l’atropine est déconseillé. Ces intoxications sont rares et parfois liées à une confusion avec des baies comestibles comme les myrtilles. Elle se doit d être distinguée de la morelle noire à l’origine d’appels plus fréquents.

La morelle noire , (solanum nigrum), est une plante herbacée commune dans les friches, possédant des baies noires qui diffèrent de celles de la belladone de par la petite taille de leur calice et de par leur regroupement en petites grappes. Elle contient des alcaloïdes (solanine, solasonine) qui sont pratiquement absents de la baie mûre d’où un risque principalement limité à des troubles digestifs.

La bryone , Bryonica cretica est une liane commune grimpant dans les haies. Les baies rouges ont une toxicité digestive et, dans les cas sévères, cardiaque (troubles de l’excitabilité) et rénale. Cependant, à la quantité habituellement ingérée par les enfants (deux à trois baies), les troubles digestifs restent le plus souvent isolés. Seule l’ingestion d’une dizaine de baies nécessiterait une surveillance hospitalière du fait du risque théorique d’atteinte cardiaque et rénale.

Le troène , Ligustrum vulgare contient des principes toxiques mal connus. A faible quantité, cas le plus fréquent, on note des troubles digestifs mineurs. À forte quantité, le tableau pourrait se compléter par des troubles neurologiques (coma convulsif ) associés à des troubles cardio-respiratoires (tachyarythmie, encombrement bronchique). La vigilance est donc de mise en cas d’absorption importante.

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