Question/Réponse : exposition professionnelle au goudron et polyradiculonévrite

Question : Un homme de 53 ans, ancien tuberculeux (1973), présente depuis 5 mois des crampes et une fatiguabilité des membres inférieurs, associées à une baisse de l'état général. L'EMG montre des signes de polyradiculonévrite. Le bilan étiologique réalisé n'a pas permis de mettre une étiquette sur ces troubles. Ce patient est employé au goudronnage des routes; son exposition professionnelle peut-elle expliquer la pathologie ?

Réponse : Les goudrons et bitumes utilisés actuellement pour le revêtement des routes proviennent des résidus de la distillation du pétrole. Ce sont des mélanges complexes d'hydrocarbures lourds, dont les principaux composés toxiques sont les hydrocarbures polycycliques aromatiques ou HPA. Les HPA, de haut poids moléculaire, sont formés de 3 à 9 cycles benzéniques accolés non substitués; ils sont stables et non volatils à température ambiante. Il existe plu-sieurs centaines de molécules différentes et de multiples isomères. Le composé le plus répandu et un des plus toxiques est le 3,4-benzo[a]pyrène, que l'on retrouve dans la fumée de cigarette, les viandes grillées au barbecue...

Lors de l'exposition chronique professionnelle, les HPA sont responsables d'une pathologie essentiellement cutanée: dermites eczématiformes, irritatives ou par sensibilisation, dermites pho-totoxiques (érythème des parties découvertes d'apparition retardée, en cas d'exposition concomitante au soleil), et, à long terme, épithéliomas baso- ou spino-cellulaires avec volontiers une localisation au niveau du nez. Les HPA peuvent également être à l'origine de tumeurs broncho-pulmonaires et vésicales: le tabagisme important est d'ailleurs un facteur de risque reconnu pour ces 2 cancers.

Les goudrons ne contiennent pas (ou seulement à l'état de traces) d'hydrocarbures légers, volatils, et toxiques pour le système nerveux, central et/ou périphérique.

En ce qui concerne ce sujet, son travail dans le goudronnage routier n'explique donc pas les signes cliniques et électromyographiques présentés. La notion d'un traitement anti-tuberculeux (où de l'INH, notoirement toxique pour le nerf périphérique, a probablement été administré) ne peut guère être retenue compte-tenu du délai de 20 ans séparant ce traitement de la survenue des troubles.

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