La méthoxétamine : une petite nouvelle qui fait parler d’elle

Le VIGItox n°48 abordait le vaste thème des nouvelles drogues de synthèse qui sont destinées à contourner la législation en vigueur, tout en conservant les effets pharmacologiques recherchés avec des molécules semblables à celles classées comme produits illicites. La méthoxétamine, identifiée pour la première fois en Europe en 2010, illustre parfaitement ce phénomène.

La méthoxétamine est une arylcyclohexylamine, de structure proche de celle de la phencyclidine et de la kétamine. Les quelques modifications apportées lui confèreraient une plus grande lipophilie que celle de la kétamine. Ses effets dissociatifs (notamment anesthésie et analgésie sans perte de conscience), de même nature que ceux de la kétamine, seraient plus prolongés et d’apparition plus retardée. Il n’existe aucune donnée pharmacologique ou toxicologique animale ou humaine mais, du fait de son analogie avec la kétamine, on peut supposer qu’elle antagonise les récepteurs NMDA et inhibe la recapture de la dopamine.  D’autres interactions avec divers neurotransmetteurs sont toutefois suspectées.

En raison de son apparition récente, nous n’avons que peu d’information quant à ses effets chez l'Homme. Les premières données ont été rapportées via des forums d’usagers décrivant leur propre expérience face à une substance souvent présentée comme une alternative légale à la kétamine et, de surcroît, mieux tolérée que cette dernière sur le plan urinaire. Si aucune atteinte du tractus urinaire ou de la vessie n'a encore été rapportée avec la méthoxétamine, le recul disponible ne permet pas de confirmer cette allégation. Les cas publiés, relatant sa consommation par voie orale, sniffée ou injectable, font état de troubles neurologiques (mydriase, somnolence, confusion ou agitation, état dissociatif ou atteinte cérébelleuse) et de manifestations sympathomimétiques (tachycardie et hypertension). Un décès a été enregistré en Suède avec, à l’analyse toxicologique, une concentration sanguine élevée de méthoxétamine, la présence de cannabinoïdes de synthèse et un taux thérapeutique de venlafaxine. Dans un cas rapporté au CEIP de Lyon, des convulsions ont fait suite à l’inhalation des vapeurs dégagées après combustion sur une feuille de papier d’aluminium.

La méthoxétamine est proposée par un nombre croissant de sites de vente sur internet (de 14 à 68 sites respectivement répertoriés en janvier 2011 et janvier 2012). Elle est généralement vendue comme un produit chimique destiné à la recherche (research chemical) avec de pseudo-mises en garde telles que "non destiné à la consommation humaine". Bien que sa détection et son dosage par chromatographie soient accessibles dans certains laboratoires hospitaliers, son identification dans les liquides biologiques n’est pas réalisée en routine, contribuant ainsi à la méconnaissance du nombre réel d’intoxications.

En France, la méthoxétamine, dont la présence sur le territoire a bien été confirmée en 2011, n’a pas de statut juridique. L’ampleur de sa diffusion, comme celle de sa dangerosité, restent mal évaluées. L’ANSM, via le réseau des CEIP, assure le recensement des cas afin de prendre les mesures adaptées. Votre implication est essentielle.

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