La lutte anti-vectorielle dans la Région Rhône-Alpes

Les virus de la dengue et du chikungunya (arboviroses) sont transmis d’homme à homme par l’intermédiaire de moustiques du genre Aedes. Ces moustiques (en particulier l’aedes albopictus, aussi appelé moustique- tigre) bien présents dans les départements d’outre-mer, se sont implantés, au cours de ces dernières années, dans des départements du sud de la France et gagnent progressivement le reste du territoire. Bien qu’aucune épidémie/endémie ne se soit produite à ce jour, il y a un risque avéré sur le territoire métropolitain en raison de la présence d’un vecteur compétent chikungunya/ dengue (qui s’est installé durablement), de l’arrivée potentielle de voyageurs infectés et virémiques, de l’existence d’une population susceptible (absence d’immunité collective), des précédents épidémiques en Italie et sur l’île de la Réunion, et enfin de quelques cas autochtones en 2010.

L’objectif de la Lutte Anti-Vectorielle (LAV), dans le cadre du «plan national anti-dissémination du chikungunya et de la dengue», est de retarder les risques d’installation d’un cycle autonome de ces vecteurs, de diminuer la transmission d’agents pathogènes (par ces vecteurs) et de gérer les potentielles épidémies de maladie à vecteur dans un cadre formalisé.

La surveillance entomologique a montré que le moustique-tigre était présent en Rhône-Alpes depuis 2009. A partir de 2010, la présence de ce moustique a été détectée de manière plus diffuse et fréquente au niveau des sites de surveillance de la région.  A l’issue de la saison de surveillance 2012, quatre départements ont été inscrits dans la liste des départements où les moustiques constituent une menace pour la santé des populations (classement en niveau 1) : l’Ardèche, la Drôme, l’Isère et le Rhône.

Dans le cadre de l’application du plan national anti-dissémination, chaque cas suspect de chikungunya ou de dengue sera signalé à l’ARS (Agence Régionale de Santé) et bénéficiera d’une confirmation diagnostique auprès du Centre National de Référence (CNR) des arboviroses. Des investigations épidémiologiques seront alors menées autour de ce cas, pouvant déboucher si besoin sur la mise en oeuvre d’un traitement anti-vectoriel sur les lieux de résidence (dans un périmètre de 200 m) ou de déplacements de ce cas. Cette LAV, mise en oeuvre par «l’Entente Inter-Départementale pour la Démoustication », se traduira par des épandages, dans les lieux publiques mais également privés, d’un insecticide adulticide : la deltaméthrine. Un produit larvicide, le Bacillus thuringensis (BTI) sera aussi utilisé.

La deltaméthrine est un insecticide de la famille des pyréthrinoïdes de synthèse, composés non volatils, non hydrosolubles, mais solubles dans les solvants pétroliers. Les pyréthrinoïdes de synthèse sont largement présents dans les insecticides domestiques et sont utilisés en thérapeutique dans les shampooings et lotions destinés au traitement de la gale et des pédiculoses humaines. La biodisponibilité des pyréthrinoïdes de synthèse est globalement très faible quelle que soit la voie d’exposition : moins de 1% de la dose appliquée sur la peau, 0,01% de la dose inhalée lors de leur dispersion par un pulvérisateur. Ils sont en grande partie hydrolysés par des estérases non spécifiques du tube digestif lorsqu’ils sont ingérés.  Par ailleurs, ils s’adsorbent sur les particules du sol où ils sont rapidement hydrolysées par les microorganismes et ne laissent pas de résidu significatif. Dans le cadre de la LAV, la circonstance d’exposition la plus probable serait une exposition par voie respiratoire à un aérosol de faible concentration dispersé en milieu non confiné. La très faible concentration des formulations de deltaméthrine et sa mauvaise biodisponibilité chez les mammifères en font une substance très peu toxique pour la population exposée. Dans le contexte de la LAV, les manifestations observées sont généralement de faible gravité : gêne respiratoire modérée avec toux, légère irritation oculaire et éventuellement cutanée (rougeur, picotements).  Un exceptionnel bronchospasme reste possible chez les personnes à risque, notamment les asthmatiques…

Le BTI a été le premier micro-organisme homologué dans le monde des biopesticides (dans les années 60 aux USA). Il reste le plus utilisé. Cette bactérie Gram-positif se retrouve à l’état naturel dans les sols, l’eau, l’air et le feuillage des végétaux.  Les différentes souches existantes n’ont pas d’activité directe sur la faune utile et n’ont aucune action sur les vertébrés.  Elles synthétisent un cristal protéique ayant une activité larvicide sur différentes espèces d’insectes. Ce cristal est une pro-toxine transformée par les protéases digestives de certains insectes, en toxine qui se fixent sur l’épithélium intestinal de la larve et bloque sa nutrition, ce qui aboutit à sa destruction.  Ce cristal est très sensible aux rayons ultraviolets solaires ce qui explique sa faible rémanence. En France, ces spécialités sont utilisées pour combattre certains lépidoptères et les larves de moustiques. Une toxicité de la toxine purifiée a été mise en évidence chez le rat par inhalation. Depuis le début de son utilisation, il ne semble par y avoir de données en faveur d’une toxicité humaine chez les utilisateurs.

Si le profil toxicologique des deux produits utilisés dans la lutte anti-vectorielle semble être dénué de risque notable pour l’Homme, il n’en reste pas moins que toute suspicion d’effet indésirable de l’un d’entre eux devra être notifiée à l’ARS ou au centre antipoison de l’inter-région afin qu’une expertise du cas et une imputabilité soit réalisée.

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