Neuropathies périphériques sous métronidazole

Le métronidazole est un médicament de la famille des nitro-imidazolés, indiqué dans le traitement de certaines parasitoses comme dans celui de certaines infections à germes anaérobies. Autorisé depuis de nombreuses années, il est habituellement bien toléré.  Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés sont des douleurs abdominales modérées, des vertiges, des céphalées, et une sensation de goût métallique. Néanmoins, des neuropathies périphériques principalement sensitives ont été décrites lors de traitements prolongés ou de l’utilisation de fortes doses. Habituellement régressives lors de l’arrêt du médicament, la littérature rapporte quelques cas pour lesquels ces effets ont persisté ou se sont aggravés.

Le CRPV de Lyon a analysé l’ensemble des cas de neuropathies périphériques associés à la prise de métronidazole et notifiés au réseau des centres de pharmacovigilance au cours des 10 dernières années. Ont été exclus les cas pour lesquels l’information était insuffisante, les cas de paresthésies transitoires ou d’apparition trop rapide, ceux associés à la présence d’un cancer sous-jacent et enfin ceux pour lesquels les symptômes étaient survenus plus d’un mois après l’arrêt du traitement. Sur les 37 cas retenus (23 femmes), l’âge moyen était de 52,5 ± 19 ans. Lorsqu’elle était connue, la posologie journalière prescrite était égale ou supérieure à la posologie de 1,5 g/j recommandée dans le RCP. Les symptômes sont survenus dans un délai médian de 60 jours après le début du traitement et pour une dose cumulative moyenne de 90 g. Ces données sont concordantes avec celles de la littérature à savoir un délai d’apparition de 11 jours à 6 mois pour une dose moyenne de 13 g à 228 g. Chez 8 patients, des symptômes cérébelleux ou des troubles de l’équilibre ont accompagné ces neuropathies périphériques.  Bien qu’il soit fait mention de ces effets indésirables à plusieurs reprises dans le RCP, le traitement par métronidazole n’a été arrêté qu’après un délai médian de 11 jours suivant l’apparition des premiers symptômes chez 35 des 37 patients. Quatorze patients ont été suivis au-delà d’un an. L’évolution après l’arrêt du traitement s’est accompagnée d’une amélioration notable ou d’une guérison pour 10 d’entre eux mais les symptômes ont persisté ou se sont aggravés pour 4 autres patients. Le traitement par métronidazole a été poursuivi plus de 15 jours après l’apparition des premiers symptômes pour 75 % des patients ayant présenté une persistance ou une aggravation de la pathologie vs. 25 % des patients guéris ou en voie de guérison. Ces mêmes patients ont reçu une dose cumulative moyenne de métronidazole plus élevée (379 g vs. 171 g ; p<0,2). Enfin, la réintroduction du métronidazole chez 2 patients a entraîné une réapparition ou une aggravation des symptômes.

Cette série confirme que l’administration prolongée et/ou de fortes doses cumulées de métronidazole sont susceptibles d’induire des neuropathies périphériques pouvant entraîner des séquelles notables si le traitement est poursuivi. Une surveillance clinique devrait donc accompagner tout traitement par métronidazole afin de pouvoir identifier rapidement les premiers symptômes d’une neuropathie périphérique et arrêter le traitement sans délai.

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