Intoxication par la caféine

La caféine est le psychostimulant légal le plus largement utilisé dans le monde. Elle est présente dans différentes plantes, telles le café, le thé, le yerba maté, les graines de guarana, les noix de cola et les fèves de cacao. La consommation de café et de thé était la principale source d’apport en caféine jusqu’à l’arrivée des sodas contenant du cola (coca et pepsi-cola), puis son introduction dans les boissons énergisantes et les compléments alimentaires (utilisés soit comme stimulant soit comme adjuvant aux régimes amaigrissants). La teneur en caféine est approximativement de 60 à 120 mg pour une tasse de café moulu, de 40 à 100 mg pour une tasse de café instantané, de 30 à 50 mg pour une tasse de thé, de 15 à 30 mg pour une bouteille de 33 cl de coca-cola et généralement de 80 mg pour 250 ml d’une boisson énergisante. La caféine est, par ailleurs, utilisée en thérapeutique, notamment comme adjuvant aux antalgiques prescrits pour soulager la migraine et dans le traitement des apnées du nouveau-né prématuré.

L’absorption digestive de la caféine est rapide et le pic plasmatique obtenu en 15 à 45 minutes. L’usage thérapeutique de caféine s’accompagne de concentrations plasmatiques entre 8 et 20 mg/L. Après consommation d’une tasse de café, la concentration est inférieure à 10 mg/L (habituellement entre 5 et 6 mg/L). La demie vie de la caféine est comprise entre 5 et 10 heures, mais elle augmente avec la concentration plasmatique et est prolongée chez le nouveau-né prématuré (jusqu’à plus de 100 heures) ou en cas de polymorphisme génétique portant sur la N-acétyltransférase.

La caféine est un composé chimique du groupe des méthylxanthines au même titre que la théophylline et la théobromine, molécules qui sont par ailleurs générées par l’organisme lors de la transformation de la caféine (respectivement pour 4% et 11% de la quantité de caféine absorbée). Les méthylxanthines reproduisent les effets béta des catécholamines entraînant le relâchement des fibres musculaires lisses (d’où une dilatation des bronches, une vasodilatation périphérique avec abaissement de la pression artérielle), l’accélération de la fréquence cardiaque responsable d’une augmentation du débit cardiaque (assurant le maintien de la pression artérielle malgré la vasodilatation et l’effet diurétique modéré lié à l’augmentation du flux sanguin rénal), l’augmentation de la lipolyse et de la glycogénolyse. De plus, elles stimulent le système nerveux central (SNC) entraînant une augmentation de la fréquence respiratoire, des tremblements, une insomnie... En cas d’intoxication, outre les conséquences liées à l’hyperstimulation du SNC (pouvant aller jusqu’aux convulsions), les méthylxanthines stimulent directement la sécrétion des catécholamines, laquelle contribue à la survenue de troubles cardiaques (tachycardie, troubles du rythme), d’une instabilité tensionnelle et de désordres métaboliques (hypokaliémie de transfert, acidose lactique, hyperglycémie). Cependant, l’action pharmacologique de la caféine est bien inférieure à celle de la théophylline.

Le risque d’effets indésirables est considéré comme nul pour des consommations de caféine inférieures à 300 mg/j ou plus souvent à 400 mg/j (Santé Canada, 2008). Sa consommation est jugée excessive pour des doses supérieures à 600 mg/j générant anxiété, tachycardie, palpitations, insomnie, agitation, nervosité, tremblements et céphalées. Un usage prolongé peut entraîner le développement d’une tolérance avec disparition de toute symptomatologie.

Les intoxications aiguës par la caféine sont exceptionnelles et principalement secondaires à une tentative de suicide chez l’adulte ou à une erreur thérapeutique chez le nouveau-né. La dose de caféine susceptible d’entraîner le décès serait de l’ordre de 150 à 200 mg/kg chez l’adulte. La symptomatologie est précoce avec survenue, généralement dans les 2 heures suivant l’ingestion, de convulsions et/ou de troubles graves du rythme cardiaque (tachycardie ou fibrillation ventriculaire) pouvant être précédés de troubles digestifs, tremblements, hypersudation et polypnée. La tachycardie sinusale est un signe d’imprégnation quasi constant et un collapsus est fréquent. Des désordres hydro-électrolytiques avec une hypokaliémie (parfois sévère), une hyperglycémie et des troubles de l’équilibre acido-basique (alcalose respiratoire, acidose lactique) accompagnent la symptomatologie clinique. La prise en charge est symptomatique et le recours aux sympathomimétiques doit rester très prudente en cas de collapsus. L’épuration extra-rénale associée à une réanimation intensive pourrait avoir contribué à la survie dans certains cas d’intoxication sévère associée à des taux plasmatiques très élevés (ingestion de 22, 27, 50, 100 et 106 g de caféine confirmée par des taux plasmatiques respectivement de 186, 199, 405, 297 et 574 mg/L). 

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