Les poppers : encore et toujours

Ils contiennent des nitrites d’alkyle aliphatiques ou cycliques (nitrite d’amyle, de propyle, d’isopropyle, de butyle ou encore de cyclohexyle) qui sont des liquides volatiles. Le plus souvent utilisés à visée aphrodisiaque, leur emploi n’est plus l’apanage de la population homosexuelle masculine, comme décrit dans\r\nun premier temps. Proposés à l’origine essentiellement dans les sex shops, leur diffusion est aujourd’hui grandement facilitée par internet. Leur popularité chez les plus jeunes, que ce soit pour une utilisation à visée sexuelle ou festive, est importante comme en témoignent les données de l’OFDT.

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Leur consommation se fait principalement par inhalation : leur délai d’action est rapide (moins de 30 secondes) et leur durée d’action courte (moins de 10 minutes). Une partie est métabolisée en oxyde nitrique (NO), responsable de l’effet vasodilatateur qui s’accompagne d’un flush transitoire avec sensation de chaleur, de vertige et d’une brève euphorie. Des nausées/vomissements peuvent apparaître, ainsi que des céphalées, une hypotension artérielle et une tachycardie réflexe.

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Dans les cas sévères, l’hypotension peut entraîner une syncope, voire un véritable collapsus cardiovasculaire, avec mise en jeu du pronostic vital en l’absence de prise en charge médicale rapide. Leur association avec des médicaments de la dysfonction érectile, tels que le sildénafil et apparentés, fait courir le risque d’une potentialisation particulièrement dangereuse des effets hypotenseurs. Les poppers sont également pourvoyeurs de méthémoglobinémie, facteur d’hypoxie tissulaire, dont l’importance conditionne la symptomatologie. Une cyanose gris-ardoisée des téguments est le symptôme le plus caractéristique et peut s’accompagner de signes neurologiques (parésie transitoire, convulsions, coma) et cardiaques (tachycardie, dyspnée, douleur angineuse ou trouble du rythme). Sa prise en charge spécifique repose sur l’administration de bleu de méthylène. Des cas d’hémolyse aiguë ont également été rapportés. Si les cas les plus graves (dont des décès) sont classiquement décrits lors de l’ingestion de poppers, il faut rappeler que des manifestations imposant une prise en charge médicale peuvent également survenir après consommation par voie nasale, a fortiori en cas d’inhalation importante ou de comorbidité sous-jacente.

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Au-delà de ces manifestations notoires, des troubles visuels survenant au décours d’une consommation de poppers ont été identifiés depuis 2010. Deux principaux types de symptômes sont observés : une baisse de l’acuité visuelle et diverses perturbations de la vision, telles que des taches ou phosphènes lumineux, un éblouissement ou une altération de la vision des couleurs. Ces troubles ont été décrits chez des utilisateurs chroniques comme naïfs. Le délai d’apparition varie de quelques heures à quelques jours après la dernière consommation. Le nombre de cas décrits est faible en regard du nombre annoncé de consommateurs. Une sous-notification est toutefois vraisemblable en l’absence de consultation systématique ou du fait de la méconnaissance de l’implication des poppers. Le mécanisme de survenue n’est pas encore élucidé, mais les résultats de plusieurs examens ophtalmologiques ont permis de préciser les éléments diagnostiques de cette rétinopathie : le fond d’œil met en évidence une (des) tache(s) jaune(s) au niveau de la fovéa tandis que la tomodensitométrie en cohérence optique révèle une atteinte des cônes de cette même fovéa. Lorsque l’évolution des troubles est connue, on observe une régression lente (de quelques jours à quelques semaines).\r\nMalgré ces dommages collatéraux inquiétants, plusieurs péripéties réglementaires ont abouti au maintien des poppers à la vente, au risque de contribuer à la banalisation de leurs effets. A nous toxicologues, urgentistes... et plus largement soignants, de rappeler régulièrement aux utilisateurs - a fortiori aux plus jeunes non nécessairement informés - les risques encourus.

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