Intoxications par les lessives liquides sous forme de dosettes de lessives hydrosolubles

Les lessives liquides pour le linge (LLC) étaient classiquement présentées dans des flacons. Depuis une dizaine d’année, l’apparition sur le marché de dosettes hydrosolubles (DHS), de popularité grandissante, semble représenter un risque toxique accru, notamment chez l’enfant en bas âge.

Les DHS se présentent sous la forme d’une capsule de 30-40 ml (variable selon les fabricants) entourée d’un film hydrosoluble. Ce film protecteur est facilement dissout lors du contact avec l’eau mais également dans les milieux humides (salive, mains mouillées). Le contenu est sous tension du fait du procédé de fabrication et la faible résistance du film lors de la manipulation de la capsule favorise son éclatement et la projection du produit.

Les dosettes sont de couleurs vives donc attractives et leur petite taille les rend facilement préhensibles par les enfants. Ces capsules sont contenues soit dans une boite rigide fermée par un clic soit dans un sachet souple zippé. Les conditionnements peuvent être transparents. Comme les LLC, les DHS sont à base de tensioactifs qui sont des composés irritants et moussants. Cependant, du fait du faible volume des DHS, la concentration en tensioactifs est environ trois fois plus élevée que dans les LLC. De fait, le contenu présente une viscosité plus importante ce qui rend le rinçage plus difficile. Les tensioactifs des DHS sont en solution dans du propylèneglycol le plus souvent (10-30%), ce qui représente un risque de toxicité théorique supplémentaire non confirmé à l’heure actuelle.

Des intoxications sévères ont été observées à la suite d’ingestion. Classiquement, il s’agit d’un jeune enfant qui porte une dosette à la bouche. Le contenu va se libérer brutalement dans la cavité buccale et provoquer des vomissements souvent répétés du fait du caractère irritant du produit. La viscosité du produit peut conduire à un « tapissage » de la muqueuse pharyngée et/ou laryngée qui renforce l’irritation avec risque d’œdème ou de spasme laryngé et qui complique la décontamination. Du fait de la pression relative du contenu, sa libération brutale peut favoriser la survenue de fausses routes avec risque de pneumopathie d’inhalation évoluant parfois vers une détresse respiratoire. Les symptômes initiaux laissant présager une intoxication sévère sont des vomissements répétés associés à une toux importante et/ou persistante. La présence de ces signes doit conduire à une évaluation médicale. La présence d’une gêne respiratoire, d’un encombrement bronchique, d’un tirage, d’une désaturation impliquera l’hospitalisation pour un traitement symptomatique adapté.

Des conséquences graves sont aussi observées à la suite de projection oculaire. L’application d’une pression trop forte sur la capsule peut entraîner son éclatement avec un risque de projection oculaire. Le contenu est irritant pour la muqueuse oculaire particulièrement fragile. La viscosité du produit rend le rinçage difficile et explique la fréquence des atteintes cornéennes allant de la simple conjonctivite à l’ulcération cornéenne plus ou moins étendue. Les symptômes sont représentés par une rougeur et une douleur oculaire. Un rinçage précoce et prolongé permet le plus souvent de limiter les lésions mais celui-ci est de réalisation délicate notamment chez les jeunes enfants. La persistance d’une douleur importante, l’ouverture difficile voire impossible de l’œil devront conduire à une consultation médicale rapide afin de vérifier l’intégrité cornéenne, l’atteinte cornéenne pouvant être étendue.

Les projections cutanées ayant bénéficié d’un rinçage immédiat et prolongé sont sans conséquence. Par contre, des lésions cutanées sont possibles en cas de rinçage différé et/ou de contact prolongé via des vêtements souillés. Elles peuvent aller d’une simple rougeur cutanée jusqu’à la constitution d’une véritable brûlure.

La conduite à tenir , quelque soit la voie d’exposition, est la décontamination précoce. Cette décontamination est un élément primordial de la prise en charge. Au niveau buccal, elle consiste en un nettoyage soigneux avec un linge humide ; les boissons doivent être transitoirement arrêtées afin de limiter les vomissements et la production éventuelle d’une mousse abondante. Au niveau cutané mais surtout au niveau oculaire, le rinçage doit être non agressif mais abondant avec de l’eau à environ 15°C (eau du robinet discrètement « tiédie » en fonction des zones géographiques et/ou de la saison), pendant une durée de 10-15 minutes. Toute manœuvre intempestive comme les vomissements provoqués, les boissons abondantes sont à proscrire.

Suite à la multiplication des cas recensés, une étude descriptive et comparative aux LLC sur la période 2005-2012 réalisée par les centres antipoison et de toxicovigilance (CAPTV) a confirmé et quantifié ce risque. Le rapport de cette étude est disponible avec le lien suivant http://www.centres-antipoison.net/CCTV/Rapport_CCTV_Dosettes_Hydrosolubles_vf.pdf. Cette étude a identifié 7562 expositions aux DHS, a montré la prédominance des circonstances accidentelles (99,6%), le jeune âge des enfants (92% des exposés de moins de 5 ans et 7% de moins de un an), la fréquence des expositions symptomatiques (67%), la survenue de cas grave (1,4% des expositions). L’attractivité des dosettes (couleurs vives, aspect de « bonbons »), leur petite taille et un conditionnement laissé à leur portée et/ou mal fermé pourraient expliquer la sur représentation pédiatrique par rapport au LLC. L’existence de cas graves a conduit à des mesures de prévention appliquées par les industriels : boites opaques, fermeture sécurisée par un double clic, étiquetage de danger. La mise en évidence plus précise des circonstances ayant conduit à un accident, notamment chez le très jeune enfant, pourra permettre d’affiner les messages de prévention.

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