Intoxications par champignons supérieurs : Bilan du CAP de Lyon en 2014

Une analyse rétrospective des cas rapportés au CAP de Lyon, a été réalisée afin d’en établir les principales caractéristiques ; la notion d’identification du (ou des) champignon(s) à l’origine des symptômes rapportés a fait l’objet d’une attention toute particulière.

Au total 304 patients, issus de 157 foyers d’intoxication, ont été recensés. L’étude de la répartition annuelle de ces intoxications a confirmé leur caractère saisonnier avec un pic automnal très nettement prépondérant, en soulignant la précocité de certains cas (19 foyers en juillet et 29 en août). Quatre-vingt-sept pour cent des foyers étaient localisés en Rhône-Alpes Auvergne. Pour Rhône-Alpes, la répartition géographique par département, ajustée sur le nombre respectif des appels «tout venant», a montré des variations entre 0,73 et 3,3% de ces expositions.

Les circonstances d’exposition étaient majoritairement alimentaires (78,3% des foyers représentant 87,5% des cas). Les 35 expositions accidentelles non alimentaires (20,4% des foyers représentant 11,5% des cas) ont été typiquement le fait d’enfants en bas âge profitant d’un défaut de surveillance pour cueillir au hasard et ingérer de petites quantités de champignons ; 29 sont restées asymptomatiques et 6 ont été de faible gravité. Les 3 cas d’intoxications volontaires étaient liés à une toxicomanie dans 1 cas (ingestion volontaire de psilocybes) et à un acte de malveillance dans 2 cas d’un même foyer.

L’exposition alimentaire concernait 266 personnes regroupées dans 123 foyers, soit en moyenne 2,1 exposés par foyer (min 1 – max 9). Les patients étaient symptomatiques dans 162 cas (61% des expositions alimentaires) avec un syndrome résinoïdien dans 78 cas, un syndrome sudorien dans 25 cas, un syndrome panthérinien dans 3 cas, un syndrome neurologique aux morilles dans 2 cas et un syndrome phalloïdien dans 5 cas.

Dans 49 autres cas, un syndrome n’a pu être formellement identifié (formes frustres, chronologies discordantes, imputabilité douteuse, symptômes possiblement dus à l’anxiété, symptômes hétéroclites, hyperthermies associées en faveur d’une contamination bactérienne...). Les intoxications alimentaires étaient graves dans 8 cas : 1 cas de syndrome résinoïdien, 2 cas de syndrome sudorien et 5 cas de syndrome phalloïdien dont 2 ont évolué vers le décès.

Dans notre VIGItox n°36 (décembre 2007), nous avions suggéré la mise en place d’un réseau, associant toxicologues et mycologues, afin qu’une identification mycologique des espèces consommées puisse être effectuée. En 2014, un système d’aide à l’identification des champignons, à partir d’un document photographique, a vu le jour grâce à l’implication bénévole d’un réseau de mycologues (Mycoliste). Pour le CAPTV de Lyon, ce réseau a permis l’identification du champignon incriminé dans 21 foyers d’exposition. Le faible nombre d’identifications est lié à la difficulté d’obtenir la photographie des champignons déjà consommés. Afin d’améliorer ce taux d’identification, il pourrait être conseillé de photographier toutes les espèces d’une même cueillette avant toute consommation. Si, pour les amateurs se jugeant confirmés, une telle mesure risque d’être jugée inutile (où ne concerner qu’une seule espèce au sein d’une cueillette variée), elle pourrait, pour d’autres, leur donner le temps de la réflexion nécessaire à la remise en question de leurs connaissances afin de renoncer éventuellement à la consommation. Cette mesure est de toute façon justifiée par le fait qu’elle peut permettre la mise en évidence de la toxicité d’espèces jusque-là considérées comme non toxiques et s’inscrit dans une démarche de toxicovigilance. Quoi qu’il en soit, le vieil adage « quand on ne connaît pas, on ne mange pas » garde toute sa valeur.

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