Question/Réponse : Surdité après ingestion volontaire de trichloréthylène

Question : Un homme de 28 ans aux antécédents psychiatriques chargés (tentatives de suicide itératives) présente dans les suites immédiates d'une inhalation massive et volontaire de trichloréthylène une surdité de perception de l'oreille gauche. Un an plus tard, une nouvelle intoxication aiguë au trichloréthylène, par ingestion cette fois-ci, se traduit par un coma, une atteinte hépato-rénale et l'installation d'une surdité de perception de l'oreille droite. Le bilan complémentaire (audiogram-mes et PEA) confirme la cophose gauche et une surdité sévère de l'oreille droite, mais ne peut préciser le niveau lésionnel. Le scanner élimine un neurinome du VIII et toute autre lésion compressive à son niveau. Peut-on retenir la responsabilité du trichloréthylène dans la survenue en 2 temps de cette surdité ?

Réponse : Le trichloréthylène est un solvant organique chloré dont la toxicité aiguë est actuellement bien connue. C'est un composé irritant pour la peau et les muqueuses, dépresseur du système nerveux central (syndrome ébrionarcotique, coma) et arythmogène (troubles de l'excitabilité myocardique). Il a été incriminé dans l'apparition d'atteintes hépato-rénales, en particulier chez des toxicomanes "sniffeurs", mais il est aujourd'hui admis qu'elles étaient le fait d'impuretés plus ou moins frauduleuses du produit technique. De même, la classique toxicité pour les paires crâniennes, trigéminales et optiques, est controversée et attribuée à des contaminants; il n'y en a pas d'observation récente.

Dans le cas de ce patient, une relation entre l'atteinte auditive et les 2 intoxications aiguës par le trichloréthylène est fortement suggérée par le chronologie des évènements. Mais il est extrêmement difficile de faire la part entre d'éventuels effets toxiques directs du trichloréthylène et ceux, plus probables ici, de l'anoxie liée au coma prolongé. En effet, plaident contre l'étiologie toxique, le caractère très sélectif de l'atteinte auditive, inialement strictement unilatérale, avec respect de la fonction vestibulaire, la localisation apparemment purement cochléaire, sans rapport avec une démyélinisation, lésion élémentaire habituelle des neuropathies toxiques et enfin l'absence de cas similaires dans la littérature alors que les intoxications aiguës par le trichloréthylène sont loin d'être exceptionnelles. L'atteinte hépato-rénale pourrait être en rapport avec une souffrance viscérale au cours d'un état de choc sévère...

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